le phrasé de Nicole Caligaris
les styles de Marielle Macé, Philippe Charru, Maÿlis Dupont

02/04/2011 — Nicole Caligaris, Marielle Macé, Philippe Charru, Maÿlis Dupont, Bach, Boulez et Francis Ponge...


« La lecture est donc l’espace de ce devenir-modèle (ou contre-modèle) des formes et des sens ; c’est la vie des styles, leur capacité à passer d’un sujet à un autre, l’acceptation par un lecteur d’une forme d’être qui s’est déjà produite hors de lui. Un style est précisément une individualité en voie de partage et de réappropriation, qui nous fait vivre les singularités comme des idées et des puissances, qui trouve en chaque individu la possibilité de réexercer sa force. Tout est peut-être là : en régime esthétique, le phrasé original où un sujet a semblé risquer au dehors l’essentiel de sa singularité se propose en fait à n’importe quel autre comme un appel, un modèle désirable, une dictée de vie. »
Marielle Macé [1]

« Libre expression d’une individualité, l’œuvre d’art est plus certainement encore terrain privilégié d’appropriations, ou de « manières de faire avec », singulières. Cette tension maximale entre ce qui semble propre (l’expérience de l’art) et ce qui semble commun (la valeur), loin de constituer un obstacle, oblige au contraire à penser réellement le collectif. [...] La question dépasse le champ de l’esthétique et interroge le politique. Le collectif « retrouvé », on doit prendre acte de ses dimensions. On doit, autrement dit, considérer qui se reconnaît réellement dans telle ou telle valeur, ou combien telle ou telle valeur engage réellement. »
Maÿlis Dupont [2]

« Soit dit plus mèche encore ».
Samuel Beckett [3]


se proposent dans la lecture comme de véritables formes de vie (les styles littéraires) — Marielle Macé —

« Donner un style à son existence, qu’est-ce à dire ? Ce n’est pas le monopole des artistes, des esthètes ou des vies héroïques, mais le propre de l’humain : non parce qu’il faudrait recouvrir ses comportements d’un vernis d’élégance, mais parce que l’on engage en toute pratique les formes mêmes de la vie. L’expérience ordinaire — et extraordinaire de la littérature prend ainsi sa place dans l’aventure des individus, où chacun peut se réapproprier son rapport à soi-même, à son langage, à ses possibles : car les styles littéraires se proposent dans la lecture comme de véritables formes de vie, engageant des conduites, des démarches, des puissances de façonnement et des valeurs existentielles. »

Avec Façons de lire, manières d’être, Marielle Macé donne à ceux qui l’ont déjà suivie un peu [4] une extension du domaine de sa réflexion sur le tournant anthropologique du style, le temps d’un essai, dans l’acception qu’elle aura elle-même mise en valeur naguère [5].

Il s’agit non seulement d’une réflexion, mais d’un programme de travail pour le lecteur, convoqué dans sa propre réflexivité, ses lectures, pour peu qu’il en partage le champ, les (p)références, et veuille étayer ses nuances. Voici les trois points, les verbes parlent à l’infinitif : Infléchir ses perceptions (I), Trouver son rythme (II), Se donner des modèles (III). J’extrais au-dedans pour mon compte : Se retrancher, Suivre un nouvel auteur (I), Une histoire à soi, un style à soi, Un lecteur en colère (II), Bovarysme des formes, Un dandysme des signes (III). Je regrette l’absence d’index des noms, mais les notes de fin parlent elles aussi : en vrac, Sartre, Bourdieu, Deleuze, Rancière, Michaux, Pierre Pachet, Ricoeur, Judith Schlanger [6], Jean-Marie Schaeffer et bien d’autres dont in fine, un Balzac, de studieuse mémoire, avec Théorie de la démarche.

Mais rien de tel que de lire/écouter/entendre/goûter la grigne du pain (le meilleur) à l’évocation d’un texte parfait pour entrer en matière : « Dans le style des hirondelles » de Francis Ponge.

Allez au fournil de Marielle Macé, il y fait bon lire, à s’y réinventer comme lecteur !

pour que la parole aille parler d’elle-même, avec Nicole Caligaris

« Quand ma grand-mère me racontait son enfance, les veillées passées dans le craquement des noix et des bûches, dans le silence qui portait aux limites des ombres la voix très basse des conteurs, j’ai longtemps pensé que ces contes, qui tournaient d’un foyer à l’autre, le soir, étaient un divertissement économique et chaleureux, peut-être une façon spectaculaire de faire la morale aux enfants ; mais à présent je pense différemment : je me demande s’ils n’étaient pas avant tout une ruse pour que la parole n’aille pas parler d’elle-même, malgré les volontés prudentes qui s’ingéniaient à la retenir, sous le masque du bavardage et des récits anodins. » [7]

« ...lorsque la voix est en double posture, en double production : de langue et de musique... » se reconnaît son grain dans les pages distribuées en contes, nouvelles ou short stories dans le dernier ouvrage de Nicole Caligaris, dans la nuit de samedi à dimanche, aux éditions Verticales. Elles sont sept, comme un accomplissement, une totalité, ces histoires qui se donnent la réplique voire se dupliquent, thématiquement s’entend, et ce dès l’entrée : fail better two dit l’exergue, et dans le premier récit c’est un doublon qui ouvre la danse d’un quitte ou double, d’un rater deux (en essayant mieux), l’un doublant l’autre, doublement, dépassement pouvant passer pour duplicité, jusqu’à ce que soit discerné le dédoublement, la frontière contre laquelle sera livré le traître assaut qui (dé)partage les plus proches — selon toute apparence, reflet de la coupure à l’intime de chacun, ligne de faille, dans laquelle l’un est en défaut de l’autre qui s’en défausse. [8].

De cet oratorio des plus contemporains, dans lequel l’auteure s’inscrit parfois subrepticement en récitante, comme pour préparer au dénouement, et c’est le "senior" qui double de son commentaire le procès d’élimination auquel concourent les protagonistes de la narration à plusieurs voix constituant le moment intitulé à juste titre Le point [9], celui qui s’effectue dans la navigation du texte, voici en quelque sorte mon gam [10] :

« Au-delà du fantasme, la pulsion, la vie secrète de la pulsion. Une frontière secrète ». [11]

Voilà donc la manière d’échanger les nouvelles.

En effet dans la quatrième, signée de l’auteure, une insistance se fait sur les mots : trahi, trahison. Il sera toujours loisible de se dire lequel a lâché l’autre, dans chacun de ces moments (qu’illustre paradigmatiquement la formule du fait divers : « dans la nuit de samedi à dimanche ») dont l’intensité finit par être mortelle pour l’un des protagonistes (ou aurait pu l’être, dans le plus bref récit, mais la déroute y est transformée en Bérézina, une gnôle « dont on sentit passer le grain »). Personnages, personnalités que l’on qualifie à juste titre de borderline, affrontés à leur propre nuit, alcool aidant, ou recherche de sensations fortes (trader fou), mirage d’une autre vie, prise de risques insensés, conjuration du désespoir, et dont l’un sauve sa peau au prix de l’abandon de l’autre.
Et c’est de ce(tte) geste - fatal pour l’un, vital pour l’autre-, parodie de haut fait, que l’écrivaine décline la chanson.

Alors, pulsion, ou pulsation ? Rythmes, c’est tout un. La musique de Nicole Caligaris est celle des instants chavirés [12], où naître est une violence (incipit de Ksar el Barka) si proche du sentiment océanique (ultimes moments de La Pince Maotine). Ce sont ces puissants contrastes repérables par exemple dans les constructions semblables de Opening night et La nuit number one ou quintuplement répétée de Canto : montée aux extrêmes (martèlements de plus en plus forts, spirale des relances), climax (résolution brutale), et silence qui s’abat : tout est accompli, « c’est bien, Rex ».

Ksar el Barka, est le texte que j’aurais aimé écrire, le plus abouti selon mon style (de lecteur), pour l’imaginaire qu’il déploie [13], le fondu de l’oralité la plus triviale, le rêche, dans la phrase la plus ample, comme une doublure soyeuse, les récurrences qu’il manifeste (puissances du rêve, obsessions), le drame qu’il porte, sa fatalité (« L’expédition nous a voulus, c’est tout »), tout ce qu’il ne dit pas qui en fait la puissante suggestion, la folie magnifique, l’humour impayable parfois (la réaction laconiquement notée d’une assistante sociale imperméable aux projets mirifiques), le rêve de ceux qui ont tout quitté pour d’improbables jours meilleurs et dont on se monte le bourrichon. Donner à ressentir (les yeux, les oreilles, la gorge, la peau, les veines, le souffle) par des moyens d’art la vive brûlure de cette réalité est au surplus un acte civique, qui crame instantanément tout "discours sur". J’ai lu les gazettes et appris que ce qui figure ici comme une clé de l’ensemble a été écrit à la demande de l’éditeur pour équilibrer le tout. Il fit bien. Il est tout à fait clair toutefois que ce récit peut se lire de manière autonome.

Et pour donner à en partager la fièvre :

« On ne voyait rien, on ne les entendait pas encore, Barka crachait son jus de doublon dans le vide en se balançant au bord du toit comme un capitaine à la jambe morte en attendant que le reste suive, et sûrement qu’il voyait tourner sa grand-mère [14], là en bas, enveloppée de foulards, battant des pieds à la surface du blanc et avançant comme ça, en nageant tout le long de la route vers le petit soleil qu’il avait à présent dans la bouche et dont il s’était mis en tête qu’il devait retourner là-bas, il n’y avait pas de pourquoi. C’était une expédition sans pourquoi. »

Voies de l’écoute : Philippe Charru, Maÿlis Dupont

« Tu arrives ici avec un Brassens entièrement préfabriqué dans ta petite tête, et tu veux me faire entrer là-dedans. La seule chose qui t’intéresse, c’est de me faire dire ce que, d’après toi, Brassens doit dire, ce que Brassens doit être. Tu pourrais avoir le vrai Brassens, en tout cas un Brassens inattendu. Mais tu t’es préparé au Brassens que tu veux. On attend toujours les êtres comme on les veut, on n’est pas prêt à la surprise. » [15]

Philippe Charru et Maÿlis Dupont, ont en commun, outre de faire paraître des ouvrages qui retiennent l’attention : Quand le lointain se fait proche (Seuil) [16] pour le premier, Le Bel aujourd’hui (Cerf) [17] pour la seconde, la passion de la musique, et le talent de transmettre leur passion [18]. Dans des espaces de pensée différents : organiste à Saint-Ignace, Philippe Charru dirige le département d’esthétique du Centre Sèvres, Maÿlis Dupont (flûte traversière, piano et chant), chercheur en sociologie et en musicologie, est chargée de cours à Sciences Po Paris (anthropologie de l’écoute), et
associée au lancement de Sciences Po – Ecole des Arts Politiques.

***

Le parcours de Philippe Charru n’en est pas à ses débuts. C’est pour avoir lu La Pensée musicale de Jean-Sébastien Bach en 1993 [19], que j’ai repéré son nom parmi les invités récents de l’émission d’Alain Veinstein. De ce livre de musicologue averti et de théologien (épaulé par Christoph Theobald), je ne donnerais qu’une phrase (relative à la basse fondamentale) qui en dise la teneur : « La stylistique de Bach trouve ici son ultime finalité : une certaine orientation du désir humain que le maître ne peut mieux exprimer qu’en faisant appel, avec toute une tradition théologique, au vocabulaire de la recréation. » [20]. Autant dire qu’il s’agit d’un ouvrage fortement charpenté, fruit d’un travail de recherche entrepris en 1980, à partir de cinq années de cours donnés à la tribune d’un grand orgue, suivis d’un travail interdisciplinaire sur les chorals étudiés, dont la confrontation des textes musical et littéraire aboutit à faire du choral pour orgue l’expression d’une pensée musicale [21].
Pour reprendre le vocabulaire de la sociologie latourienne de « l’action située », le style savant de Philippe Charru se fond avec sa posture spirituelle. Cela n’en rend pas moins l’ouvrage qui paraît aujourd’hui, lisible par qui ne partage pas ses options. La quatrième dit :

« Cette quête spirituelle revêt des allures différentes selon les grands moments stylistiques qui sont ici traversés au rythme de quelques œuvres emblématiques. C’est pourquoi l’oreille doit s’accorder à l’irréductible singularité de chaque style. Mais c’est dans sa confrontation avec la violence du monde que la musique révèle la puissance paradoxale de sa fragilité, capable de libérer l’oreille d’un imaginaire trompeur. Une oreille ainsi pacifiée, peut se laisser surprendre par l’appel de l’Ouvert, quand d’aventure pour elle le lointain se fait proche. »

On y entend, certes, les voix de la poésie, Rilke, Jaccottet, Jean de la Croix, sont très présents, mais aussi c’est essentiel, l’appel à entendre le nouveau, ou l’autre, le différent, quand il se présente (cf. la réception initiale du sacre du Printemps). A cet égard, les années japonaises de Philippe Charru nous ont valu naguère une belle lecture de L’art du contresens de Vincent Eggericx [22].
Le parcours choisi, dans la partie maîtresse du livre revêt un aspect chronologique [23] mais ce n’est pas essentiel, son introduction en précise bien l’enjeu au regard d’une pensée du style lu aux meilleures sources, Merleau-Ponty (Signes) et Maldiney (L’art, l’éclair de l’être), et fondée donc sur la conviction que le propre du style est de faire venir au jour de la forme sensible, un sens qui lui est immanent : ce que signifie un style ne peut être séparé du comment de sa signification.

***

Plus proche est Maÿlis Dupont de la réflexion de Marielle Macé [24], question de génération sans doute, mais aussi de manière d’envisager l’anthropologie, avec toutefois en commun avec Philippe Charru, l’écoute, et bien sûr Bach ! comme l’indique Le bel aujourd’hui : Bach ou Boulez, des œuvres à faire [25].

C’est du côté d’Incises qu’il sera d’autant plus aisé d’attirer l’attention, que le lecteur-auditeur trouvera en ligne les explications de Boulez - merveilleux pédagogue - sur sa composition initiale, son devenir (Youtube), et qu’il lui sera loisible d’entendre ainsi le propos de Maÿlis Dupont sur la prolifération de l’oeuvre.

Maÿlis Dupont a commencé par suivre les manifestations de l’œuvre repérées par ce nom : figure que livre la partition ou bien un article de presse, figure qui ressort d’un concert ou bien d’une discussion, etc. puis a cherché à en comprendre la prolifération : procédés d’exploitation d’un matériau musical présenté dans Incises  ; procédés de traduction et de reproduction de la partition ; procédés d’expansion du cercle des acteurs engagés ; procédés de formation des discours qui donnent forme à l’œuvre.

Elle aurait, elle aussi, relu Ponge ? Très certainement.

« Il est évident que c’est seulement dans la mesure où le lecteur lira vraiment, c’est-à-dire qu’il se subrogera à l’auteur, au fur et à mesure de sa lecture, qu’il fera, si vous voulez, acte de commutation, comme on parle d’un commutateur, qu’il ouvrira la lumière, enfin qu’il tournera le bouton et qu’il recevra la lumière. C’est seulement donc le lecteur qui fait le livre, lui-même, en le lisant ; et il lui est demandé un acte. » [26]

Dont acte.

© Ronald Klapka _ 4 avril 2011

[1Marielle Macé, Façons de lire, manières d’être, Gallimard, NRF/essais, 2011. Prolongeons cette citation de Trouver sa phrase, p. 263 :

Il me semble que la notion même de « phrase » s’est en fait imposée, peu à peu, comme la bonne image d’une stylistique moderne de l’existence, la bonne mesure des identités complexes dont nous paraissons avoir aujourd’hui besoin, faites d’expositions, de dégagements et d’influences. Toutes sortes de modèles de vie et d’efforts d’être s’y sont investis, et s’y sont mis à circuler : chez Balzac, la phrase de chacun s’expose comme une force ; chez Proust, elle incarne l’infléchissement d’une disposition, la courbure d’une vision ; chez Michaux c’est l’expansion d’un rythme, violent et fluide à la fois, toujours remis sur le métier, ne décidant jamais tout à fait des contours de l’être ; pour Barthes en revanche la phrase est l’habitation tourmentée d’un canton d’identité imaginaire, et parfois une liberté à rejoindre au-devant de soi, comme chez Paulhan ; et chez Rancière, elle nourrit simplement le « moment » d’un sujet, un sujet traversé d’impersonnel, errant dans le monde commun autant que les formes qu’il s’approprie, et qui est toujours prêt à en élire d’autres.

[2Maÿlis Dupont, résumé de sa thèse de doctorat en sociologie et musicologie : Penser la valeur d’une oeuvre. Propositions pour une sociologie de la musique responsable. Celle-ci est lisible in extenso, sur le site Melissa (Mettre En Ligne les Sciences Sociales Aujourd’hui)
Prendre au sérieux l’objet aimé. Retour sur 29
expériences d’écoute avec des amateurs de musique
classique
, indique la démarche de la chercheuse.

[3Pour son exergue de Dans la nuit de samedi à dimanche, Nicole Caligaris inscrit : « Puis essayer de mieux rater deux » citant la p. 27 de Cap au pire dans la traduction d’Édith Fournier, de Worstward Ho, Minuit, 1991, et dont « Soit dit plus mèche encore » est la clausule.
Dans un petit livre paru aux éditions Abstème et Bobance, Cie, figure en bonne compagnie, et sans aucun doute par prédilection ce texte de Nicole Caligaris : « Est-ce à la logique que vous pensez ou à vos péchés ? ».
Toujours chez Delphine Lacroix, Les Hommes signes, dans la collection Notules, en octobre 2008, avec ici ce bref écho, qu’il sera loisible d’amplifier avec Mystique de la matière, Francis Ponge face aux Otages de Fautrier, Charlotte Thoraval, La Voix du regard numéro 15 - automne
2002, pp. 38-42.
La matière de la mystique donna, elle, à prendre la mesure de la nettezza de Nicole Caligaris, celle-ci n’étant la moindre des préoccupations de l’auteure d’Okosténie.

[4 Les lecteurs de Fabula, nécessairement, de Critique sans doute, et visiteurs du site du CRAL, ou ici-même.

[5Marielle Macé, Le Temps de l’essai, Belin, L’extrême contemporain, 2006.

[6Petit plaisir en passant : la première « magdelaine » en ligne : Judith Schlanger, pour ne pas laisser le monde inchangé, à propos de L’Humeur indocile.

[7Nicole Caligaris, Dans la nuit de samedi à dimanche, éditions Verticales, 2011, p. 139.

[8Terme qui peut être lui aussi doublement entendu. Il éveille quelques résonances derridiennes, variations autour de l’indécidable, perçues par exemple dans ce fil suivi par Frédérique Bernier dans son compte-rendu du Cahier de L’Herne Derrida dirigé par Ginette Michaud et Marie-Louise Mallet en 2004. (Contre-jour : cahiers littéraires, n° 6-, 2005, p. 111-115), en particulier en ce qui concerne la question du sauf et ce qui la guette, celle de l’exclusion.

[9(un conte d’Andersen) est-il précisé.

[10Cf. Melville, Moby Dick, voir une évocation des rencontres du capitaine Achab : « The nine gams within Moby Dick represent microcosms of the world that exists beyond the sea. They work to further the narrative, while each also acts as an individual reference point at which Ahab’s transformation and loss of humanity can be pinpointed. » Kinney, Marina A. 2011. "Ahab’s Devolution in Herman Melville’s ’Moby Dick’." Student Pulse Academic Journal 3.03.
Un gam est un protocole de rencontre entre les capitaines et les seconds lorsque deux baleiniers croisent leurs routes, moment d’échange des nouvelles aussi pour les équipages.

[11 Situons l’expression : une contribution de Patrick Guyomard à La pensée interdite (autour d’un texte de Piera Aulagnier) :

« Quel chemin faut-il faire dans une analyse, par quels tours et détours du transfert faut-il passer pour que cette parole de l’analyste à son patient : « Au centre de vous, rien »***, ne soit pas ravageante et destructrice ? Quelles défaites du fantasme, quelles déceptions traversées et réparées sont-elles nécessaires pour qu’un analyste puisse penser : « Ce patient commença à changer de façon positive lorsqu’il se fut suffisamment lui-même constitué comme un rien. Un rien qui n’est pas l’objet d’un fantasme (anal ou autre), mais un centre vide où « fait surface » la pulsion. Au-delà du fantasme, la pulsion, la vie secrète de la pulsion. Une frontière secrète. Faut-il le droit au secret pour penser, sans mythe, la pulsion ? »

Cette belle intrication qui reflète « cette création de pensée qui s’appelle une analyse » (Piera Aulagnier, Un interprète en quête de sens, Payot, 2001, p. 310.) renvoie à ce niveau de compréhension du mot création pointé par celle-ci :

« — création d’un objet psychique qui n’est autre que cette histoire pensée et parlée qui se met en place séance après séance. Activité créatrice qui apprend à l’un et confirme à l’autre que toute parole exige la présence d’une voix et d’une écoute, - et qu’il faut pouvoir accepter cette part de dépendance réciproque propre à toute relation humaine. À quoi s’ajoute un autre rappel : rien ne peut être créé sans que soit investie la somme de travail que cela exige, alors qu’il faut reconnaître que c’est le propre de toute création de rencontrer un « destin » que l’auteur ne pourra jamais décider a priori » [pp. 26-27].

*** Rien au centre, titre de cette contribution, à partir d’une expression attribuée à D. W. Winnicott, a fait celui d’une lettre du 23/12/2009.

[12Bascule, c’est pesant. Préparé, « altéré par ses envahisseurs mêmes » un piano s’étend au monde : à lire, à entendre, la très belle explication de Henri Jules Julien, des Capsizing Moments de Sophie Agnel. (Emanem, 2009).
A l’instar d’un Stenway, aboutissement de haute culture débordé par le prosaïsme contemporain, ici la « grande littérature » de Sophocle à Dostoïevski, va chercher et trouver ses voix dans le sous-sol, un bal minable, une décharge puante, comme remonte de l’humus biblique, le « Choisis de vivre » par-delà le fratricide, les ruses, les déportations, les renoncements, les trafics divers.

[13Lier le nom du héros à un ksar aux portes du désert (on entend Smara, Tombouctou) est grand, et jusqu’au doublon, multiplicateur d’images, qui rappelle tant Siècle d’or que, même esprit, Rio de Oro.

[14On aura noté que les femmes, elles, dans ces récits n’y sont pas à la fête...

[15Georges Brassens à André Sève venu l’interviewer in Philippe Charru, Quand le lointain se fait proche, La musique, une voie spirituelle, Seuil, 2001, p. 268.

[16
Philippe Charru, Quand le lointain se fait proche, Seuil, 2011.

[19Sous-titre : Les chorals du Catéchisme luthérien dans la « Clavier-Übung » (III), éditions du Cerf, 1993

[20A lire dans Du style ! le numéro spécial de Critique dirigé par Marielle Macé, la très intéressante contribution d’Alexandre de Vitry : La manière chrétienne, un outing permanent ? Christoph Theobald, Le Christianisme comme style. En effet, « ce numéro spécial de Critique, est né d’une conviction : ce tournant anthropologique du style auquel nous assistons, nous le vivons aussi. Il s’agit ici d’en prendre la mesure et de cerner les enjeux des nouvelles pratiques du style, qu’elles soient littéraires, musicales, gestuelles, psychiques ou économiques, religieuses, politiques. Pour mieux les comprendre. Peut-être aussi pour prendre une décision sur le style et, par conséquent, sur nous-mêmes ».

[21Ce travail se poursuivit, comme en atteste la parution en 2002 chez Mardaga, de L’esprit créateur dans la pensée musicale de Jean-Sébastien Bach, des mêmes auteurs, avec en dernière partie de l’ouvrage la confrontation avec le fait de l’autonomie de la musique et son émancipation hors de la sphère religieuse et ce qu’il en advient pour l’écoute de la musique de Bach.

[22 L’art du contresens, Vincent Eggericx, éditions Verdier ; Philippe Charru, et je relève, en songeant aux livres de Marielle Macé et de Nicole Caligaris, en met en évidence : « La cérémonie du tir était le film lent de la rencontre de l’universel et du particulier, du vieux mystère avec la fugace présence humaine. La littérature était la somme d’une existence sublimée dans un livre : le livre aussi bien que le tir mettaient en scène une naissance et un anéantissement, les ramassaient dans une forme signifiante. »

[23En voici le dépli : La musique au Moyen Âge, Un ordre institué entre l’homme et le temps ; Révolution stylistique et expression du sentiment religieux dans la musique de Monteverdi, Schütz et Charpentier ; L’Art de la fugue de Jean-Sébastien Bach au miroir du baroque luthérien ; Don Juan de Wolfgang Amadeus Mozart, L’infini du désir à l’épreuve du temps ; Tristan et Isolde de Richard Wagner, Une nuit dont on ne revient plus ; Claude Debussy, La puissance d’effacement de soi ; Moïse et Aaron de Schoenberg, Lorsque musique et parole échouent à dire le Nom ; L’écoute rayonnante de l’instant webernien.

[24Ce qui se lit dans le titre (et dans le contenu) de cette étude par exemple : Façons de parler, façons d’écouter, Une enquête sur le format culturel de nos écoutes

[25Un extrait (l’introduction, premier chapitre, table des matières) est lisible en ligne.

[26Voir les Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers, Gallimard/Seuil, 1970, pp. 185-186, disponible en points-essais, 2001.