Passionnément, avec Roland Gori, et quelques autres pour qui « les mots comptent »

09/01/11 — Roland Gori, Cliniques Méditerranéennes ; Bernard Noël, Europe (dir. Chantal Colomb-Guillaume) ; Gilles Chatenay, Jeanne Benameur, les éditions Michèle (Hélène Deltombe, Philippe Lacadée, Philippe De Georges), et quelques psychanalystes réunis par Ignacio Gárate Martínez


"Raconte-moi l’histoire de ta vie," dans les détails. Ton plus
      ancien souvenir, la chose la plus
terrifiante qui te soit arrivée : voyage et bouffe, le travail. "Ça t’intéresse
      vraiment ?" "Passionnément."
      [...]
La boutique à rêves et l’estaminet. Les estaminets à
      Amsterdam, vieux et confortables,
des enceintes pour les petits incendies du merveilleux genièvre. Il me brûle
      la gorge et mes yeux se mouillent ;
c’est si bon d’être libre au milieu de l’après-midi, libre d’être un touriste
      légèrement ivre, lorgnant les
merveilles fabriquées par les hommes le long de l’Amstel. Aller à Naples acheter
      des chaussettes rayées vendues sur une carriole.
En plus des estaminets il y a la Malle aux plaisirs, avec ses présentoirs
      édifiants : le plaisir prend de
      multiples formes : s’en tenir
aux plus simples c’est le meilleur parti.
James Schuyler [1]


« Un psy hors-normes » : Cliniques Méditeranéennes, mélanges offerts à Roland Gori

Il n’est guère assuré que Camille Laurens ait eu le contrôle de l’appellation de l’article de Libération (25/03/2010) qui désigne en ces termes Roland Gori ; en revanche le portrait qu’elle en donne est bien of her own [2], avec d’entrée de jeu un petit récit sur l’évolution en marche : Lamarckiz sortit à cinq heures [3] qui donne le ton à un brave new world qui aura tout oublié de la common decency — la normopathie [4] et la novlangue qui lui est assortie s’insinuant partout là où une forme de résistance à la "fin de l’histoire" pourrait encore se faire jour.

Marie José Del Volgo, qui a la charge redoutable d’introduire le numéro de Cliniques Méditerranéennes [5] en hommage à Roland Gori - voilà vingt années qu’elle en partage la vie et les travaux - ne manque pas de faire référence à ce vif témoignage d’amitié, d’autant qu’il partage les emportements (la générosité) et la rigueur intellectuelle (l’exigence) de l’initiateur (avec Stefan Chedri) de l’Appel des appels (à une insurrection des consciences) [6].
L’épistémologue (depuis Le corps et le signe dans l’acte de parole [7] à La Preuve par la parole [8] ) ne craint pas en effet de prendre part au débat public, de le susciter, en témoigne encore la récente publication de De quoi la psychanalyse est-elle le nom ?, livre qui porte certes traces de la circonstance (l’année 2010 ayant vu paradoxalement la plus grande floraison des écrits/traductions de Freud, et l’attaque la plus médiatique que l’on ait vue depuis longtemps), mais n’en demeure pas moins porté par la passion de comprendre et de transmettre, communiquer cette passion [9].

Mais revenons à la présente publication. Elle aussi est marquée du sceau de la circonstance : en 2009, Roland Gori devient professeur émérite à l’Université d’Aix-Marseille, et cela permet de faire le point sur un parcours singulier, généreux et exigeant. Cette générosité se mesure (sans mesure, il ne s’agit certainement pas d’« évaluation ») dans ce qu’elle a suscité de travaux en retour, de dialogues noués, divers et variés, mais réunis par une même passion de faire advenir une meilleure intelligence du soin, une plus fine approche de l’humain en vue de conditions de possibilité qui lui fassent épouser son destin dans la plus grande lucidité et la plus grande liberté qui soient.

Examinons-les !

Et c’est tout d’abord Monique Schneider, racinienne devant l’Éternel (V. spécialement La cause amoureuse. Freud, Spinoza, Racine [10]) qui ouvre le bal. Elle prend au(x) mot(s) : « Je suis passionné, je l’avoue » pour une déconstruction à la lumière de Logique des passions. Les lecteurs de Monique Schneider y retrouveront sa grâce d’écriture, elle aussi d’une exigeante générosité, voyez comment elle pointe précisément la seconde lettre de Freud à Fliess (28 décembre 1897) et en quoi un échange passionné fut au fondement de la psychanalyse ! Pour le reste le rappel de "Faut-il être fou pour croire qu’on vous aime " ?, les passages par Freud (Affekt), Clérambault et le noyau érotomaniaque [11], Lacan, Barthes, donnent de montrer comment Roland Gori met à mal, dans Logique des passions, bien des présupposés culturels, pour dénuder l’originaire rapport au rien auquel le passionné tente d’échapper. Sur ce livre, Camille Laurens [12] écrit livre de chair : quel genre de livre ?

Et de passer en revue, noms et articles qui composent cet hommage : avec La passion du dire, Rajaa Stitou déplie les deux temps du parcours qui n’en font qu’un, unifié par la passion de dire et d’écrire : l’un, épistémologique et éthique, l’autre anthropologique et politique ; Patrick Ben Soussan s’interroge : De quoi Gori est-il le nom ? c’est pour dire aussi l’ombre portée sur son propre travail : périnatalité et clinique du cancer, avec de fortes réflexions sur la survivance (Derrida, Kertesz) ; avec Pierre Le Coz, l’inflexion est mise sur l’inscription dans une pensée de la technique : Comment repenser l’intimité dans un monde siglé ? ; Danièle Brun rappelle opportunément une intervention de Lacan au Collège de médecine en 1966 ; pointant chez ses confrères une « faille épistémo-somatique », pour situer les travaux actuels de Roland Gori et Marie José Del Volgo : la passion pédagogique ne saurait escamoter la tyrannie du désir [13] ; Giovanni Guerra rappelle de même, tant pour les médecins que les autres professionnels qui s’occupent de l’homme, écouter les hypothèses du patient requiert une compétence professionnelle (l’intelligence à deux, chère à Yves Agid) ; Pascal-Henri Keller décrit, photos et sites internet à l’appui, les surprises de l’imagerie qui méconnaîtrait la parole ; Mario Eduardo Costa Pereira met en lumière les discours de souffrance (D’un pathos à l’autre) qui sont en effet une des clés de lecture de l’oeuvre de Roland Gori ; André Meynard souligne en lui un psychanalyste sensible à la parole des Sourds ("sujets" pour lesquels sous prétexte de soin a pu se mettre en place une nouvelle façon de les faire taire) ; ça rime : Entre le commensurable et l’érotique. Roland Gori et la rhétorique par Christian Bonnet, avec pour surprise le tableau de l’Annonciation revisité par Daniel Arasse ;
Marie-Jean Sauret se livre à l’« évaluation » d’un parcours, il ne faut pas donner au mot évaluation la teneur idéologique qu’il a prise ! ;
Bernard W. Sigg note l’appel à l’inservitude volontaire ;
Patrick De Neuter part de « Donner la parole reste le point de départ de la démocratie » [14] et conclut : Certes le sujet de l’inconscient n’est pas celui de la démocratie ni celui du psychanalyste membre d’une institution psychanalytique, mais peut-il se dire et donc s’épanouir sans chacun des deux autres ? (Avec la réponse dans la question !) ;
Jean-Pierre Lebrun estime et on le suivra que les frères Dardenne accomplissent au cinéma un « travail social » [15] ; Benjamin Jacobi, avec Être victime rappelle cette remarque de Freud : « Il subsiste chez le malade une révolte secrète contre les attentions dont il est objet » et enfin
de Conrad Stein [16] Rêve et névrose de transfert d’après Freud. Leur homologie et ses limites où « il apparaît que les sources du rêve,“ l’infantile en tant que source du rêve”, donnent à reconnaître les sources de la névrose de transfert ». On reconnaït là le maître et ami, souvent cité (en particulier dans La preuve par la parole) et auteur du magistral L’enfant imaginaire, dont on ne parle peut-être plus assez [17].

Voilà qui espérons-le reflète la densité de ce que propose ce numéro de Cliniques Méditerranéennes : au prétexte d’un hommage, on trouvera mieux qu’un bilan avec les regards rétrospectifs, de quoi situer des avancées, et donner des raisons d’être mobilisé pour le présent. Dans De quoi la psychanalyse est-elle le nom ? Roland Gori en appelle souvent au « contrôle » par les pairs. Ce « sommaire » enrichi de notations, d’extraits, qu’un autre lecteur aurait pu faire différentes, me semble expliciter, à tout le moins montrer ce qu’il est possible d’entendre par là, et ce que communauté scientifique veut dire.

J’ajoute pour ce sommaire de Cliniques Méditerranéennes (pp. 334-336 ) une présentation par Robert Samacher de son livre paru l’an passé chez Hermann : Sur la pulsion de mort , sous-titré Création et destruction au coeur de l’humain .
J’extrais, de la quatrième :

« Qu’en est-il de la pulsion de mort ? [18] Qu’en est-il, plus précisément, du nouage entre pulsion de vie et pulsion de mort, de l’unité pulsionnelle dans les processus de destruction et de création ? [19] [...]
Pour répondre à ces questions, Robert Samacher, psychanalyste, a pris le parti délibéré de se considérer, sans concession, comme sujet clinique. Il se réfère à son histoire personnelle, évoquant tout d’abord son enfance durant la seconde guerre mondiale, qui contraignit sa famille à vivre cachée, et la déportation de son père en 1942. Rescapé des camps de la mort et rapatrié en 1945, celui-ci a raconté les horreurs qu’il a vécues et qui ont laissé dans la mémoire de ses enfants une trace indélébile. Robert Samacher étudie également son rapport au yiddish, langue des persécutés, « lalangue » de la mère dans laquelle il a été bercé. Il fait entendre combien son histoire familiale a été déterminante dans son choix professionnel de psychologue clinicien.[...]
Loin de se limiter à une auto-analyse, cet ouvrage propose au lecteur des outils qui lui permettent de saisir la fonction fondamentale que la destruction exerce dans le processus même de la création, et comment la pulsion de mort, reconnue et acceptée dans sa dimension à la fois destructrice et créatrice, participe à la dynamique de vie. »

C’est un très beau livre, en raison de l’implication personnelle (l’histoire) de son auteur qui ne saurait que toucher, mais plus encore, me semble-t-il, par sa contribution à une dimension — la conscience du tragique d’une histoire, de l’histoire, relue avec les lumières tant freudiennes que cliniques, et c’est ici tant « technique » que rigoureux — qui dépasse la condition particulière pour toucher au vif de chacun ; c’est pourquoi je saisis l’occasion de saluer et l’auteur et l’ouvrage [20].

Transmettre, le poids des mots : à propos de quelques parutions récentes

— Symptôme nous tient

« Le poids des mots » n’est pas la reprise d’un slogan connu - à tout prendre, j’aurais préféré « les mots comptent »- mais est emprunté à une parution d’une toute autre « actualité ». Il s’agit du début (du titre) du chapitre IV, de Symptôme nous tient, de Gilles Chatenay, psychanalyste, aux éditions Cécile Defaut [21]. Voici :

« La signification, c’est l’usage, et il y a un réel de l’interprétation dans son acte même - dans ce qu’elle ne dit ni n’écrit. C’est un premier point, mais qui nous laisse insatisfait. Parce qu’il y a des bonnes et des mauvaises interprétations, et que toutes les interventions de l’analyste ou de l’analysant ne font pas acte analytique. Mon analysante ne dit pas n’importe quoi, « Tout ne tient pas » est une « bonne » interprétation, qui vient en réponse à une « mauvaise » interprétation, « on tient ». « Tout ne tient pas » est bien dit [22]. Lacan a fait du bien dire une éthique pour l’interlocution analytique, et de fait souvent nos analysants manifestent en séance leur souci de bien dire, et leur douleur de mal dire. Si la signification réelle trouve son lieu et son temps dans ce qui ne peut se dire, c’est sur fond d’un bien dire qui n’est pas sans que quelque chose soit dit. Les mots comptent.
« On s’aperçoit qu’il y a des mots qui portent, et d’autres pas. C’est ce qu’on appelle interprétation », a pu dire Lacan. »

— Les insurrections singulières

Et de solliciter allègrement Chatenay [23] (les mots), Gori (les paroles) pour amicalement saluer la parution du dernier livre de Jeanne Benameur aux éditions Actes Sud : Les insurrections singulières [24]. En effet, Antoine, le « héros » de ce livre est plaqué par Karima, qui attend de lui des « paroles », alors qu’il ne sait que lui proposer des « mots », ce que résoudra in fine l’accès à l’écriture de soi, et le « nouvel amour », dans leur mutuelle manifestation (Le « lieu propre » de l’insurrection, qu’exprime le titre du livre — qui nous dit, sans en avoir l’air, avec une vraie douceur, que politique, sexuel et langue, c’est tout un). Ceci est une « interprétation ». A quoi tient-elle, si elle tient ?
Quoi qu’il en soit si les mots comptent, en particulier, ici, il faut le dire, d’abord les mots content, et une bien jolie histoire (« C’est fou ! » s’exclament souvent les protagonistes [25]) des mieux ficelées. Comme le roman de formation d’un Candide d’aujourd’hui aux prises avec ses incertitudes (celles de cet aujourd’hui où se sont modifiés de nombreux rapports à /la famille /le travail /l’autre sexe /le savoir /la transmission etc. C’est tout à fait efficace, au "courant de conscience" du héros pourront s’identifier bien des pensées du jour, et ce au moyen d’une écriture économe, mais non moins subtile, généreuse en humanité, la sagesse des « simples » (mais qui savent écouter, observer, ô Marcel !) conduisant à une énergie renouvelée pour affronter les défis de la vie, dans son environnement, en n’oubliant pas qu’il est fondamentalement tissé de mots et de paroles.

— psychanalystes en devenir : Anahit Dasseux Ter Mesropian, Laurence Joseph, Cosimo Santese, Candela Zurro, avec Ignacio Gárate Martínez

Tissée par mille, ce n’est pas à Ignacio Gárate Martínez qu’on apprendra que la psychanalyse l’est. Et aujourd’hui, et pas uniquement en raison d’un contexte hostile, il a à coeur de transmettre l’expérience de l’expérience [26], de pair à pair en ex-pert. Le beau livre collectif qu’il a suscité [27] est bien dans la veine de ceux qu’il a déjà donnés aux éditions encre marine [28], ou encore aux éditions Eres : L’expérience d’une psychanalyse, généalogies du désir à l’oeuvre, [29] pour avoir lui-même reçu, ainsi qu’il en a heureusement témoigné aux éditions Hermann [30].

Pour savoir ce que générosité et invention signifient. La quatrième indique cet essentiel :

« Transmettre, comme une poétique, les effets d’une rencontre qui transforme la souffrance en créativité, qui rend compte de ce qui a une valeur sans pour autant être évaluable. »

Sans omettre ceci : « la nécessité d’écouter les jeunes » (là c’est un peu paterne, mais pas berrichon) pour ceci : « garder vivante la passion pour la psychanalyse [je souligne], de continuer d’apprendre des patients qui savent débusquer, dans leurs propres souffrances subjectives, les sources des inventions à venir. »

Le pari est tenu, chacun s’est autorisé du récit de son acte. Selon ses rencontres, sa sensibilité, le lecteur, psychanalyste ou non, trouvera écho de cette « dit-mension ». Pour ma part, j’ai été, je demeure saisi par le récit de Cosimo Santese : Les jambes du père Noël. Et je m’éclipse aussitôt.

— aux éditions Michèle

Le souci de transmettre n’est pas le moindre, aux éditions Michèle [31], et spécialement dans la rubrique Psychanalyse, celle-ci portant au surplus fièrement les couleurs de Rimbaud. Il faut dire que la collection Je est un autre [32] est dirigée par Philippe Lacadée, qui a donné récemment un Walser qui a eu un retentissement certain [33], et dont un précédent ouvrage L’Éveil et l’exil, promeut, à juste titre au rang de figure archétypale de l’adolescence l’auteur du Dormeur du Val pour aborder, en psychanalyste, « la plus délicate des transitions », en remarquant que « trouver une langue par l’écriture en cherchant le lieu et la formule capables de traiter la sensation qui le débordait permettait au poète d’atteindre l’espace du repos de l’être parlant, qu’il s’était refusé. »

A ce compte on ne s’étonnera pas que la collection accueille :

    — Hélène Deltombe, les enjeux de l’adolescence

Voici un livre que la journaliste et reporter Florence Beaugé a justement repéré pour Le Monde des Livres [34]. Si je souligne la qualité de la signataire de l’article, c’est pour rappeler la dimension d’engagement de ses écrits.

Le préfacier, Bernard Lecoeur, indique fort judicieusement :

« Convier le sujet à lire ce qui n’est pas nécessairement écrit, est essentiel afin qu’existe, pour lui, le champ de la lisibilité. La praticienne avisée qu’est l’auteur des présentes études, a retenu le propos de Lacan sur l’intelligence, un savoir lire entre les lignes. Si l’écrit est ce qui fait les lignes - disons les signes imposés et partagés dans le discours courant, qu’y a-t-il donc à lire là où d’écrit il n’y a pas ? La réponse, pour lapidaire qu’elle soit, n’en est pas moins fondamentale : une énonciation. Dans la parole, l’énonciation est ce qui se lit entre les lignes du dit. Une psychanalyse qui parie sur l’intelligence est celle qui permet au sujet de devenir sensible et attentif à sa propre énonciation ». (Je souligne)

Ces études, dix-sept chapitres, structurent une réflexion fortement marquée au coin du champ lacanien, côté concepts, montrant spécialement ce que scansion veut dire. Si comme l’auteure, je suis lecteur de Modiano (ici, Le café de la jeunesse perdue), je suis curieux — pour avoir lu avec beaucoup d’intérêt le chapitre qu’elle lui réserve — de prendre connaissance d’un des derniers livres (le dernier en vérité) de François Mauriac Un adolescent d’autrefois ici qualifié d’exemplaire pour illustrer la théorie freudienne.
Hélène Deltombe n’hésite pas en postface à livrer quelques traits biographiques, juste de quoi saisir son engagement de clinicienne en faveur de cette période de tous les possibles, « pleine de promesses », dit-elle, « cueillies au coeur même du désespoir et de ce qui faisait énigme ».

Un ouvrage d’une grande lisibilité, à même de susciter quelques vocations (de psychanalyste) chez les étudiants en psychologie d’aujourd’hui, auxquels il arrive encore d’entendre parler de Freud, de Lacan et de quelques autres.

*

Je ne ferai que décrire rapidement - au regard de leur épaisseur, en pages, mais surtout en contenus - deux ouvrages dont je peux toutefois souligner tout l’intérêt pour les avoir lus dans une première version pour le premier (avec le même titre), la nouvelle étant augmentée au regard de son accueil par les professionnels notamment (10 00 exemplaires vendus), et en ce qui concerne sa seconde partie pour le second, sous le titre Éthique et pulsion [35] tous deux aux éditions Payot, dans la collection Psyché.

    — Philippe Lacadée, Le Malentendu de l’enfant , avec pour sous-titre : Que nous disent les enfants et les adolescents d’aujourd’hui ?

La première version date de 2003. Elle se trouve enrichie de l’adjonction de six textes nouveaux :
Un objet d’échange originel : la parole (ch. 1) ; Une terre étrangère interne (ch. 13) ; Sauver l’ambiguïté de la langue ou l’urgence du verbe (ch. 22) ; Les livres pour enfants et le goût des mots (ch. 26) ; L’éveil du printemps dans une classe de 4° (ch. 28) ; Entre les murs, le mur du langage (ch. 29).

A supposer qu’existe encore (optatif) une formation des maîtres, c’est aux trois derniers textes cités que je recourrais pour éveiller à ce maître-livre. Ils appartiennent à la dernière "grande partie" : L’enfant et le lien social, on y trouve d’ailleurs : L’école, une chance d’être responsable de ce que l’on y reçoit (tandis que le livre se conclut, bouclant la boucle par : La provocation du langage et le désir de l’analyste).
En effet, c’est in concreto, dans la classe, celle dans laquelle furent menées quatre conversations (qui ramenèrent le fantôme de Wedekind : « A la place de la physique, du physique ! »), ou celle représentée au cinéma (le film de Bégaudeau/Cantet) et le questionnement que cette re-présentation induit, c’est sur cette scène que déboule l’invité-surprise : l’inconscient, qu’on se souvienne de "limité" et de "pétasses".
Quant aux livres pour enfants, c’est sans surprise que je lis : « Nous partirons d’une phrase de l’argument des journées professionnelles de la Fête du livre de jeunesse 2009 de Saint-Paul-Trois Châteaux (Drôme) où nous avions été invités par Jeanne Benameur suite à sa lecture du livre Le Malentendu de l’enfant » [36].

Les trois autres textes ajoutés relèvent de ce que dans sa ferme postface, L’enfant pas sans réel Hervé Castanet appelle théorie : pas de clinique sans théorie ! “ce que je vois, ce que je connais, est toujours structuré par une doctrine qui fonde le visible et le connaissable”, ce qu’il développe en quatre points [37], thèses, balises qui permettent d’ « accueillir comme surprises et inventions ce que la clinique avec les enfants recueille ».

La préface de Christiane Alberti relève d’une autre manière, en lectrice, des éléments de théorie, dont ceux-ci exprimés en termes toujours porteurs pour l’avenir de la psychanalyse comme pour l’advenir d’un être :

« Le souvenir d’enfance ne mobilise pas tant la mémoire du passé que le récit au présent qui en est sa condition de possibilité, « cette synthèse du passé au présent, qu’on appelle histoire » disait Lacan. Ainsi les pages qui suivent montrent et démontrent que l’expérience d’une psychanalyse conduit moins à un mouvement nostalgique vers le passé, qu’à un mouvement d’écriture vers l’avenir. Il s’agit de réaliser ce qui aura été. Il ne s’agit pas de passé mais d’avenir. » [38]

L’ouvrage de Philippe Lacadée aura eu, aura encore, un bel avenir.

    — Philippe De Georges, La pulsion et ses avatars

Une sorte de bandeau, faisant partie intégrante de la couverture, martèle : Un concept fondamental de la psychanalyse.

Sont réunis à cet effet deux séminaires : « Leçons de Chose » (sous-titre, explicite : La genèse du concept/Ses remaniements chez Freud puis Lacan/Destin de la pulsion en analyse) et « Éthique de la pulsion ». L’auteur justifie ainsi leur réunion dans sa très claire introduction :

« Ce qui fait l’articulation des deux parties, le joint entre ces deux abords [39], peut se résumer sans doute sous la forme de ce qui est plus un pari qu’une certitude : la possibilité d’une nouvelle alliance, grâce à l’analyse, entre la substance jouissante et le verbe. »

Aux tenants de l’ordre des choses, Philippe De Georges rappelle que « la voie ouverte par la psychanalyse apparaît chaque jour, quoi qu’on dise, plus innovante et inouïe. » Ajoutant : « C’est sans doute ce qui rend tout pouvoir — tout état, toute université, tout discours dominant — furieusement hostile à la subversion analytique ». C’est là manifester « l’orientation lacanienne » promue par l’enseignement de Jacques-Alain Miller.

Dans la seconde partie, un prologue, une conférence faite au couvent des dominicains de Nice, le psychanalyste donne en exergue une phrase de Jean-Luc Godard : « L’esprit n’est vrai que lorsqu’il manifeste sa présence. Et dans le mot manifester il y a main. » Tout en mettant la main à la plume pour transmettre le contenu de ces séminaires, l’auteur recourt au "parlécrit", se faisant ainsi « prochain secourable » (traduction du Nebenmensch freudien) pour ceux qui n’y ont pas assisté : je les renvoie à la conclusion de ce prologue, p. 204 :

« L’analyse libère le sujet de ses attaches qui poussent à ce que se répète sa souffrance propre et ses entreprises de destruction. Cette éthique peut sembler parente d’un certain cynisme : le rapport à la vérité propre ne va pas sans la chute des illusions communes. Cela n’empêche pas sans doute les analystes d’être marqués par les mêmes aveuglements que les autres : ils ont leurs idéaux et tiennent à leurs passions. Ils sont souvent perçus d’ailleurs comme particulièrement passionnés et forts de leurs certitudes. Mais ils ont rencontré quelque chose que Lacan n’hésite pas à appeler « un nouvel amour ». [40] »

La postface, tout autant de cette seconde partie que du livre en son entier, n’est pas faite pour décourager le lecteur, quand bien même le ton est sans concession, sans égards écrivit Georges Bataille — au surplus évoquer plus loin Bernard Noël en proche de qui manifesta haine de la poésie, ne sera pas fait pour apporter de (fausses) consolations. J’en livre quelques fragments, mieux qu’utiles :

1. Une formule, au débotté est-il précisé, de Lacan : « Il n’y a pas de psychogenèse. »
2. A l’increvable illusion, opposer : « La psychanalyse est aride, la psychanalyse est ingrate. Elle est une goutte de vif argent dans un monde toujours autant sans esprit et sans âme. Elle tient au joint vif du corps et de l’esprit. La psychanalyse est une pratique de la parole qui met en met en valeur un impossible à dire. »
3. Au roc de la castration (Freud) comme limite de toute cure analytique, il semble plus juste après Lacan de nommer ce point « roc du réel ».
4. D’où une solitude radicale, qui exige l’invention d’un presque rien qui tienne lieu de boussole.

On l’aura compris, la lecture de ce livre a un je-ne-sais-quoi de décapant, que cette conclusion invite d’aventure à trouver.

— Bernard Noël, Europe, janvier- février 2011 (dir. Chantal Colomb-Guillaume)

Des mots Bernard Noël connaît non seulement le poids, mais aussi le prix — allusion à « l’outrage aux mots ».
Couverture inhabituelle de la revue Europe de ce début d’année qui célèbre ses 80 ans, où les Signes sur lignes de son ami Jan Voss, masqueraient presque son nom, comme un hommage à sa discrétion.

Le dossier a été coordonné par Chantal Colomb-Guillaume [41] qui en assure la présentation, nous conviant avec lui au partage du dit et de l’indicible. Suit aussitôt un entretien mené au printemps 2010, nous conduisant du Portrait de l’Aubrac (2005) au Jardin d’encre(en cours), né de la tentative d’écrire des vers longs.

Dans un texte consacré aux Sonnets de la mort aux éditions Fissile [42], La souille ou l’expérience de l’expérience, Michel Surya, évoque d’entrée de jeu l’abondance de l’oeuvre de Bernard Noël ; laquelle n’a de comparable, dit-il, parmi ses contemporains que celle de Jacques Derrida. C’est dire que les commentaires critiques ou hommages amicaux réunis dans Europe seront eux-mêmes également abondants. Aussi n’en retiendrai-je que quelques uns dans le droit de fil d’une parution toute récente, Bernard Noël Politique du corps, textes réunis par Jacques Sojcher [43], et un texte qui amplifie l’une des contributions à cet ensemble, et qui paraîtra bientôt : Le Polième (Bernard Noël) par Michel Surya aux éditions Lignes [44] .

« À la poésie ne se séparant pas de la politique (de la révolution), ne cessant pas de séduire (follement) ni d’attirer (fatalement), ainsi que Bernard Noël la reconnaît les rares fois qu’il consent à la reconnaître (qu’il consent de reconnaître en écrire, écriture à laquelle il consentirait à l’extrême de s’identifier), j’ai donné ce nom : « polième », Pour former quel mot ? La compression (la contraction, la concrétion) de la polis et de la poïesis, seule à même de nommer ici la transsubstantiation native de la politique et du poème - le poème étant ici entendu comme moment ou comme effectuation de la poésie. Poème, poésie : vieux style, comme aurait dit Deleuze. À la place de quoi mieux valent : po(li)ème et po(li)ésie. Le polième : moment ou effectuation de la poliésie ; effectuation momentanée et possibilité de la totalisation poliétique » [45].

Et de désigner (et le lecteur pourra les confronter aux ultimes pages (61 à 67) du livre de Michel Surya (s’y profilent Le Syndrome de Gramsci, Bataille, Blanchot (Communauté politique et communauté des amants [46] ) pour faire retour sur le Château de Cène), arbitrairement (pas pour moi !) et successivement :

— Leslie Kaplan : Le parti pris du désir, magnifique titre renvoyant à l’ouvrage Les Peintres du désir ; oui la critique d’art a beaucoup à apprendre des vues de Bernard Noël. Voyez aussi son Turner : « La peinture et sa matière colorée sont des éléments qui connaissent leurs fureurs pour peu que le peintre y ajoute son geste. Turner est tout près de se libérer du prétexte figuratif pour peindre un événement visuel qui secoue l’espace ». (à propos de La Tempête de neige, je souligne)

— Christian Prigent avec Le poète corps et âme, pp. 67-74 offre une forte réflexion dont j’extrais (du corps) : Dans la « mécriture » de Bruits de langue, tout se passe comme si, violemment défié par l’expérience de l’infigurable, l’effort au style n’avait d’autre ressource que celle d’une distorsion goguenarde. C’est que, face à l’ expérience (qu’elle soit dite corps, ou âme, ou réel, on est comme devant le soleil, ou la mort : ça ne peut se regarder en face, aucune diction frontale n’en est possible. Alors le poème « traîne les pieds devant la mort » ; et, du réel qu’il invoque, il ne saurait donner qu’une image anamorphosée.
On connaît cette ralentie rétive, obstinée pourtant à représenter l’irreprésentable, à nommer l’innommable et à faire corps (formel) et sens (symbolique) de ce défi. Écrire, dit Bernard Noël, combine « une impuissance à dire et une volonté exaspérée de dire ». Pour relever cet « enjeu impossible », il faut tordre les formes, les figures et les noms jusqu’à les porter au bord d’une monstruosité choquante ou d’une effrayante illisibilité.
On dira donc que le poète déforme et que son poème est beau d’être le résidu bizarre de ce pathos de déformation. [...]
Mais ce que nous confirme Bernard Noël, c’est qu’il n’y a pas de déformation. Ce que nous nommons déformation est la formation d’une altérité, la mise en forme d’un autre, in-informable autrement. La déformation est, sur cet autre, la forme de l’information dont nous disposons : cet autre, puisque justement autre, ne saurait se former dans une forme identitaire. La seule question intéressante que pose une déformation maniériste est : de quoi la « déformation » est-elle la « forme » ?

— Et pour décoller de la réalité, rejoindre le réel de la poésie, au meilleur de lui-même : Christian Hubin.
Il écrit de son ami :

     Plus qu’une théorie, chez Bernard Noël, oeuvre une sur-ouïe de la perte, une quête presque du dénuement, de, derrière [...][les mots] /, [...] une limite / qui les rende à l’originel.

     Parois imperceptibles entre les corps. L’entrechoc syllabique des os, l’excroissance où le regard se sent encore le retournement de la libre Vue [et] de son pouvoir [...], mais aussi comme son refoulé. Comme constamment déplacée son éloquence mutique. Ni transcendance, ni mythe du Verbe, ni jeu : contre les pièges du visible et de l’identité, la poésie doit aller vite. [47]

© Ronald Klapka _ 9 janvier 2011

[1James Schuyler, extrait de la traduction de A Few DaysQuelques jours — in Le Cristal de Lithium et trois autres poèmes, Théâtre Typographique, 2010, traduction de l’anglais (USA), Bernard Rival.

[2Lire ce portrait où il est rappelé : « Ce psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’Université d’Aix-Marseille, n’avait cependant pas attendu la vaste coordination nationale [l’Appel des appels] qui allait suivre pour dénoncer les dérives du scientisme et le rabotage, le sabotage de l’être humain ».

[3 Lamarckiz sortit à cinq heures. Le troisième sarkosium avait lieu dans un mois, et en tant que chef du Bureau de la Norme, il en supervisait toutes les commissions, ce qui exigeait un contrôle sans relâche. Ce matin, il devait rencontrer les spécialistes de la section Médecine, demain ceux de la Justice, puis ce serait l’Enseignement, la Recherche, etc. Comme il était en avance, il passa d’abord à la Sous-section du Vocabulaire, où il s’assura que les dernières corrections avaient été validées : la présence sur les lieux d’un accident s’appelait maintenant un stress post-traumatique, la mauvaise humeur avant les règles, une dysphorie prémenstruelle et l’impuissance, un trouble de la fonction érectile. Mais surtout, la dépression nerveuse, dont l’OMS prévoyait qu’en 2020 elle occuperait la deuxième place derrière les maladies cardio-vasculaires, la dépression nerveuse venait de voir sa définition officiellement modifiée : elle désignerait désormais « toute tristesse de plus de quinze jours ». Lamarckiz eut un sourire : cela incluait donc le chagrin d’amour, ce qui ouvrait un énorme marché potentiel. Il allait pouvoir annoncer la bonne nouvelle aux grands laboratoires pharmaceutiques avec lesquels il travaillait en étroite collaboration. Les résultats promettaient d’être encore meilleurs qu’avec l’hyperactivité des enfants, triomphe de la ritaline.

[4On trouvera un usage éclairant de ce mot dans les écrits d’Évelyne Grossman, en particulier à propos d’Artaud, mais aussi L’Angoisse de penser, aux éditions de Minuit. Cf. cette note.

[5Cliniques Méditerranéennes, ce n° 82, 2010, distribué par les éditions Eres (Tous les numéros) ; la revue a pour sous-titre Psychanalyse et psychopathologie freudiennes, elle est publiée par le Centre inter-régional de recherches en psychopathologie clinique. Dans un article du Monde (A la folie, 26.04.02) qui saluait la parution de Logiques des passionsDenoël, 2002, Champs-Flammarion, 2005 — Élisabeth Roudinesco soulignait :
Professeur des universités, psychanalyste et professeur de psychopathologie à l’université d’Aix-Marseille, Roland Gori s’est donné pour mission, depuis trente ans, de maintenir l’enseignement de la psychanalyse à l’intérieur des départements de psychologie universitaire et dans le cadre de la formation des psychologues cliniciens, confrontés désormais à la concurrence de multiples psychothérapies. Cela lui a valu l’hostilité de beaucoup de ses collègues, qui redoutent un amalgame entre les deux disciplines.
Par ses autres activités de chercheur et de directeur d’une revue (Cliniques méditerranéennes, créée en 1984), Gori est aussi l’héritier d’un mouvement d’expansion de la psychanalyse en province qui a débuté vers 1970 autour de quelques grandes villes - Strasbourg, Marseille, Lyon, Montpellier, Besançon - où fleurissent aujourd’hui des publications et des associations d’orientation plurielle. Si la formation universitaire des psychologues est devenue, parallèlement à la cure didactique, l’avenir de la psychanalyse en France, sa décentralisation est l’une des conditions de cet avenir.

[6Le site créé pour la circonstance, en donne la genèse et les suites : organisation, actions.

[7En 1978, aux éditions Dunod. De la préface de Didier Anzieu :
Roland Gori expose ici les principaux résultats de ses recherches de psychologie clinique sur l’acte de la parole. Certaines de ses idées sont appelées à exercer une influence notable : la double allégeance de la parole au corps et au code, la parole comme objet partiel, l’articulation de l’imago corporelle et de l’espace du discours, la fonction maniaque du discours, l’aliéllation du sujet à un code extérieur (par exemple dans le savoir préalable ou dans la protection imaginaire), la culture comme névrose traumatique et enfin et surtout l’espace psychique du discours considéré comme une aire transitionnelle - notion qui constitue la colonne vertébrale du livre.
Pour en revenir au livre que j’ai le plaisir de présenter, son thème d’une structure paradoxale de la parole manifeste sa richesse par les applications, que la conclusion laisse entrevoir, à l ’interprétation psychanalytique et par celles que des publications imminentes vont apporter il l’analyse des récits littéraires. Preuve que Roland Gori a su saisir là une idée-force. Il ne s’interroge pas, comme les linguistes, sur ce qu ’est la langue. Sa préoccupation est d’un psychologue - formateur et thérapeute - pour qui la question est : qu’est-ce que parler veut dire ?
Le lecteur de Beckett, parle d’or.

[8Première parution aux PUF en 199§, la seconde en 2008 aux éditions Érès. C’est un livre tout à fait important qui requiert une lecture attentive, très enrichissante, solidement charpenté, en deux parties quasi égales :
Le transfert dans tous ses états (cf. cette citation de Conrad Stein : Le transfert est donc érotique pour autant que la notion d’érotisme implique la séduction par la parole. Le scénario transférentiel est doublement de séduction : au titre de la représentation d’un acte sexuel et au titre de l’attente d’une parole.
L’événement à la trace. avec ce chapitre Les mots, lieux de recel de la mémoire des plus recommandés.
François Pommier, élève de Roland Gori, devenu un de ses collègues a donné un compte-rendu substantiel du livre, dans les Cahiers de psychologie clinique 2001/1 (n° 16) auquel je renvoie très volontiers : la couleur y est clairement annoncée : « Voyage au cœur de l’histoire, conceptuelle, contextuelle de la psychanalyse, traversée de la pratique psychanalytique, l’ouvrage de Roland Gori « La preuve par la parole » constitue une tentative de réhabiliter le dispositif et la démarche psychanalytiques en refusant une mystique révélée et une science explicative, vision mécaniste et opératoire de l’être humain, où se perdrait l’essence de la psychanalyse. » Lire la suite ...

[9Argument (4°) du livre aux éditions Denoël

[10Monique Schneider, La cause amoureuse. Freud, Spinoza, Racine, Seuil, 2010. Le chapitre III, L’éros racinien et l’interdit de naître, indique à l’envi ce que le poète peut enseigner à la psychanalyse : « Elle veut voir le jour ».
sur ce livre, une rencontre point si étonnante avec l’auteur de Grand-mère Quéquette.

[11Sur ce chapitre — passionnant, oui — consulter :
Clérambault, L’Érotomanie, Les Empêcheurs de penser en rond, 2002.
Benoît Dalle, Alejandro Fernandez, Yves Edel, "Bien que mon amour soit fou" - Érotomanies, du regard à une écoute, éditions Synthélabo, 1997.
Lire éventuellement les pages de la table ronde organisée par Chantal Hagué, où s’expriment Benoît Dalle, Yves Edel, consignées dans Analyse Freudienne Presse, n°11, 2005/1, pp. 24-42, en version html au point 53, en pdf, p. 15 à 33.
Et pourquoi pas, (re)voir-entendre « Le cri de la soie », en résonance avec Passion érotique des étoffes chez la femme, Les Empêcheurs de penser en rond ; 2002 ; ou « Anna. M » relu par psychanalyse-in-situ.
Enfin, last but not least, Des Érotomanes, Revue Penser/Rêver l n° 5, Printemps 2004, Mercure de France :
Paul-Laurent Assoun, Glossaire : Sur l’érotomane et l’érotomanie/
Philippe Forest, « Chaque jour, je me réveillais... »/
Henri Normand, L’inconnue/
Jean Paulhan, Une note sur l’érotisme/
Claire Paulhan, Et sa présentation/
Philippe Comar, Cabinet privé/
Jackie Pigeaud, « Je suis érotique, sans doute, mais ne suis point érotomane »/
Christian David, Éros maniaque/
Dominique Suchet, La folie Gradiva/
Cécile Cambadélis, Transfert de preuves/
Miguel de Azambuja, L’amour des certitudes/
Jean Imbeault, « Le père n’aime que moi ».

[12Libération, article cité.
De Camille Laurens, Logique des passions, cite :
« C’est l’enfant qui manque à toutes les femmes – qu’elles en aient déjà six ou sept ou qù elles n’en aient aucun [...]. C’est l’enfant là-pas-là, il va et vient comme la bobine qui roule et puis revient. On s’habitue à son absence. Pour elle, c’est un fils. Pour d’autres une fille. Mais il existe. Toutes les femmes ont un enfant.
« Il manque aux hommes aussi. Cet enfant, ce fils, ce double d’eux-mêmes, cet avenir d’eux-mêmes - le sang, le visage, le nom -, tout leur manque, même à ceux qui s’en gardent, qui se retirent à temps, qui sortent tout couverts, qui s’en foutent, qui ont trop de travail, qui disent non, qui détestent les cris, les pleurs, les liens, les attaches, qui ne supportent pas les enfants - il manque à tous les hommes, même à ceux qui les tuent. Tous les hommes sont pères. »
Camille Laurens, Dans ces bras-là, Paris, P.O.L., 2000, p. 207- 208.
De quoi éclairer des passions récentes - août-septembre 2007- dont on trouvera quelques effets durables (cf. par ex. la critique de Claire Devarrieux) dans Romance nerveuse (Gallimard, 2010), et très récemment dans le collectif Autofiction(s) aux Presses Universitaires de Lyon, avec la contribution sensible, informée et particulièrement éclairante d’Annie Richard, véritable petit traité d’épistémologie de l’écriture autofictionnelle.

[13Cf. ces ouvrages chez Denoël, : Exilés de l’intime en 2008 et La santé totalitaire, en 2005.

[14Interview dans Libération, 31 janvier 2009.

[15 Qu’on lise :
L’orientation que nous voyons ainsi à l’œuvre dans leurs films, c’est qu’ils nous invitent à consentir sans détour au pragmatique de la rencontre, mais non sans garder le fil de ce qui fait la spécificité de la dimension éthique. Leur fil à plomb, c’est précisément la contrainte à identifier l’invariant anthropologique, le noyau dur de ce qui fait notre humanité à tous : rester dans l’arène de la question : que signifie être humain aujourd’hui ? Regarder comment être humain, non pas en général, mais dans les situations concrètes et extrêmes que la société construit aujourd’hui.
Dans son journal, Luc Dardenne reprend à ce propos une citation de Henri Michaux : « Il vaut mieux avoir senti le frisson à propos d’une goutte d’eau qui tombe et le communiquer, ce frisson, que d’exposer le meilleur programme d’entraide sociale. Cette goutte d’eau fera plus de spiritualité que les plus grands encouragements à avoir le cœur haut et plus d’humanité que toutes les strophes humanitaires. » La question peut, à partir de là, être très clairement posée : pour reprendre le titre d’un ouvrage collectif récent, Que serait un travail social qui ne serait ni théologique, ni politique ? II s’agit en effet de trouver ce qui fait l’axe de l’intervention du travailleur social et c’est à cet égard que le cinéma des frères Dardenne fait clairement boussole : pas d’idéologie, pas de religion, pas de programme préétabli, mais simplement soutenir la rencontre à partir de la réalité des situations ! (185)

[16Conrad Stein est décédé le 16 août 2010, Cliniques Méditerranéennes reprend l’hommage de Roland Gori, prononcé en cette circonstance. Ne manquera pas de frapper cette mention : « Tu as voulu rester « insulaire » comme l’a écrit Monique Schneider, avec toujours permanent ce désir de te cacher et cette hantise de ne pas être découvert. »

[17Cette assertion est toute personnelle ; quoi qu’il en soit, je suis très reconnaissant à Roland Gori de m’avoir conduit à ce livre précieux entre tous, paru en 1971 et qui a connu une réédition chez Denoël en 1987.

[18Relativement à cette question, une nouvelle édition revue et augmentée (bibliographie, index) de Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ? d’André Green, aux éditions d’Ithaque, qui adopte une perspective à la fois historique, métapsychologique et clinique. Videos sur des livres d’André Green aux éditions d’Ithaque

[19V. aussi Jean Cooren, lecteur de Nathalie Zaltzman et de Derrida ...

[20Je salue aussi le choix iconographique de couverture, que j’imagine être celui de l’auteur : un détail, d’une Nature morte à la vanité de Pieter Claesz (c. 1597-1661), superbe à tous points de vue.

[21La quatrième, limpide :
Qu’est-ce que le symptôme ? Si pour le langage courant comme pour la clinique médicale il est signe d’un dysfonctionnement, la psychanalyse en a révélé une autre valeur : il n’est pas la maladie, il est tentative de guérison, a pu dire Freud.
L’être humain, d’être tissé de langage, a affaire à une dysharmonie fondamentale. Entre son être de chair et ses représentations, ce qu’il est pour l’autre et pour lui-même, cela ne tient pas ensemble, réellement, et le symptôme est un nouage par lequel le sujet tente de faire tenir ensemble ce qui ne tient pas ensemble : un traitement du réel.
La cure psychanalytique est un traitement du réel du symptôme par la parole et la langue, et par l’étrange lien social qu’elle institue.
Il y a donc du réel (mais où exactement ?) dans la langue, dans la parole et la lettre et le chiffre ; dans les savoirs, dont la science (logique, mathématiques, physique, économie, sciences du vivant, statistique) ; et dans le lien social, dont la politique (discours capitaliste, précarités, ségrégations et exils) : dans le monde de l’être humain, dans tout ce qui peut faire Autre pour lui, y compris son corps, ses pensées, ses amours et ses haines, ses paroles et ses actes, ses satisfactions et ses souffrances : lui-même.

[22Pour la « bonne » compréhension, la séquence clinique :

« C’est une femme qui approche la quarantaine. Elle a repris des études à l’université. En prologue, il y a une rencontre, une ébauche de rencontre. Il ne s’est rien passé, tient-elle à préciser, mais un employé de l’université s’est montré gentil avec elle.
Les choses se nouent quelque temps après, dans la bibliothèque de l’université où elle est en train de travailler. Une jeune femme entre. s’approche et la regarde, silencieusement, d’un regard neutre, puis s’éloigne. Arrive l’homme qui avait été gentil avec ma patiente. De loin, il se tourne vers elle, et lui lance en souriant : « On tient. »
Ma patiente est perplexe. « On tient » est parfaitement incongru, dans l’atmosphère de la bibliothèque. Incongru, tout comme le regard neutre que lui avait lancé la jeune femme. Tous deux sont incongrus au jeu de langage, au lien social qui est censé régner dans une bibliothèque universitaire.
En revanche, la rencontre, le regard et l’interjection « On tient » peuvent se trouver noués dans un autre jeu de langage, un jeu « sadique », selon ses termes. On a délibérément provoqué son intérêt, son désir, son trouble, on l’a séduite, et on se joue d’elle, on lui montre, et on montre à tout le monde qu’on la tient. Tout le monde jouit d’elle, tout le monde voit. »
[...]
La séquence ne s’arrête pas là, le nouage n’est pas définitif. Touj dans la bibliothèque, ma patiente s’interroge. « Dans mes associations me dit-elle en séance, m’est venu que votre nom, Chatenay, avait air de ressemblance avec "On tient". "On tient", "Chatenay", il y a je-ne-sais-quoi, un air de famille. Alors, ajoute-t-elle, j’ai lancé, suffisamment fort pour être entendue : "Tout ne tient pas". »

De qu(o)i la psychanalyse est-elle le nom ! Ce relevé est vraiment formidable. P. 57 de La preuve par la parole (Gori, op. laud.), au chapitre Au bout de la langue : le nom ? cette résonance : le pouvoir signifiant « des nom qui causent ».

[23Une première approche de ce livre le rend très séduisant, alors que tout pourrait donner à craindre au regard du contexte : le symptôme, à l’ordre du jour des travaux de bien des associations analytiques en 2010 ! A voir, à quoi cela ça tient ... un certain esprit « mathématique », une limpidité : à suivre ...

[24Jeanne Benameur, Les Insurrections singulières, 2010.

[25Pas banal en effet, magique pour tout dire, qu’ici le poison : globalisation, délocalisation, mal-être social et sentimental soit aussi le remède : découverte de soi, de ses autres (le frère "retrouvé", grâce à la distance prise - de l’usine de banlieue à sa "cousine" brésilienne), de l’amour qui respecte l’autre dans sa dimension d’autre.

[26Mots de Michel Surya, à propos de Bernard Noël

[27Psychanalystes en devenir, Les constructions d’une clinique, avec une video d’Ignacio Gárate Martínez, présentant le livre, son intention, à la librairie Mollat, de Bordeaux.

[28Guérir ou désirer ?
petits propos de psychanalyse vivante, 2008 ; L’Histoire de Paulina Luz, héroïne du silence, 2008 ; Le Duende (jouer sa vie) suivi de jeu et théorie du Duende de Federico Garcia Lorca, 2005,2008, livre loué ici.

[292005, coll.la clinique du transfert, livre dont la chimie a eu des effets .

[30Avec, par dilection personnelle, celle avec Michel de Certeau.
Le livre : Conversations psychanalytiques, Hermann, 2008.

[31Cf.la présentation du site des éditions.

[32Argument de la collection :
« Je est un autre », écrivait Arthur Rimbaud qui cherchait à inventer une langue capable de faire sonner son pas sur terre en se moquant des frontières, une langue pour marcher et — disait-il — « distraire les enchantements assemblés sur son cerveau ». Comment mieux faire entendre à ceux qui aujourd’hui se préoccupent de l’étanchéité de nos frontières que l’étranger est au cœur de notre vie psychique ? Si l’« étranger » désigne communément ce qui n’est pas familier, Freud a révélé que l’étrangeté recèle en elle-même le plus proche et le plus inattendu — ce reflet de soi dans la vitre d’un train d’où émerge tout à coup l’inconnu — qui expose à la contingence de l’inquiétante étrangeté.
La pratique poétique, la pratique de la lettre ne cessent de démontrer qu’à l’ère de la science, les ressources du poème comme celles de la littérature se réinventent sans cesse comme celles de l’inconscient, car le poète est toujours un peu prophète en ceci que son oreille s’ouvre au seuil de l’émergence du langage, là où nous appelons les choses avant de les nommer, là où sonne autre chose que le sens.
Cette collection propose d’éclairer des questions d’actualité à partir d’un travail clinique orienté par la psychanalyse et en prenant appui sur les œuvres des artistes de la langue ; elle a pour boussole cette phrase de Freud reprise par Lacan qu’en sa matière « l’artiste toujours précède le psychanalyste ».

[33V. cette présentation de Philippe Lacadée, Robert Walser, le promeneur ironique.

[34Elle indique :
Dans son ouvrage, Hélène Deltombe nous montre qu’aujourd’hui l’adolescence ne se caractérise plus par la révolte contre l’autorité paternelle, "car il s’agit de plus en plus souvent d’une société sans pères". Au lieu de se référer aux générations précédentes, les adolescents préfèrent se conformer à leurs semblables par des mécanismes d’identification réciproque. Mutisme, isolement, suicide, boulimie-anorexie, addiction, violence, mode vestimentaire, piercing, tatouage... Tous ces symptômes sont des phénomènes de rupture avec la société, dans un processus de marginalisation. L’adolescent se range volontiers sous une étiquette à laquelle il se réduit. Il se reconnaît comme appartenant à un groupe, ce qui le dispense d’être un individu. Comment créer des liens avec un être qui n’attend de solutions que de ses pairs ?
Florence Beaugé, L’adolescence à la loupe, Le Monde, 30/12/10.

[35La Nice connection, very nice indeed, m’a fait découvrir Philippe de Georges en lecteur d’Amanscale, et Pierre Le Pillouër en lecteur de Philippe de Georges !

[36 Voici la phrase :
« Se nourrir pour grandir » « Plongé dans un univers familial, une culture, une langue dont il fait provision, l’enfant goûte aux mots entendus ou trouvés dans les livres et absorbe toutes les émotions auxquelles il est confronté dans sa relation à l’autre. Ces nourritures-là, il les dévore ou les déguste, les grignote ou les détourne, les absorbe ou les recrache. Elles seront ses aliments de base. »
Voici les premières remarques qui donnent le ton :
« Si l’enfant grandit dans un bain de langage où il est plongé dès sa naissance, on peut dire en accord avec cet argument que les mots sont le plus souvent une nourriture essentielle pour le petit d’homme. D’y trouver grâce à l’Autre qui lui parle le goût des mots et l’amour de la langue ne l’empêche pas d ’y rencontrer la part nécessaire du malentendu si nécessaire à sa construction subjective.
C’est de la façon dont l’Autre lui offre ses mots, que de façon paradoxale le petit d’homme goûte aux mots entendus et se nourrit, de quelque chose d’indicible incarné, dans une certaine présence et qui se nomme amour et désir. C’ est en effet dans la dialectique entre la demande d’amour et l’épreuve du désir, que le développement du petit enfant s’ordonne. C’est dans cette rencontre avec le désir de l’Autre, qui justement ne lui dit pas tout, que l’enfant va réussir à loger son être, son corps d’enfant, à partir de ce qu’il vit et éprouve dans ses sensations ou tensions immédiates. »
Faut-il ajouter que Jeanne Benameur, romancière, écrit aussi en direction de l’adolescence ? cf. cet entretien publié par le CRDP de Créteil, et ces précisions : « Quand j’écris, je ne me dis pas que j’écris pour la jeunesse ou pour les adultes. Je ne fais pas une telle distinction. Il s’agit avant tout d’une écriture au travail, d’un mouvement intérieur. » (Entretien pour Savoirs CDI).

Du côté de la littérature de jeunesse, et psychanalystes de pouvoir s’y pencher : parution d’une petite merveille reparaît aux Belles-Lettres/Archimbaud : Rainer Maria Rilke Mitsou Histoire d’un chat
racontée par Michael Lonsdale (CD inclus). Dessins de Balthus.

[37Plus que brièvement : 1. L’enfant sujet à part entière, ne choisit pas les signifiants, ils lui tombent dessus ; 2. Il n’est de clinique, qu’orientée par le réel ; 3. C’est le langage qui nous décerne un corps. (belles remarques sur Artaud) ; 4. Plaidoyer pour une clinique du savoir y faire, des solutions de jouissance trouvées au cas par cas pour chaque sujet.
A lire très prochainement aux éditions de La Différence : S.K. beau.

[38En conclusion de :
« En un temps marqué par le culte de l’objectivité, de la norme et des chiffres, où il est partout question d’évaluations et d’expertises, s’affirme ici, à contre-courant, la mémoire fugitive qu’est la cause inconsciente, toujours prête à se dérober, qui nous porte aux limites du symbolisable. Le passé n’est là atteint qu’à la limite, toujours après coup, selon un jeu rétroactif. Il n’y a de souvenir que sur fond de cette perte inaugurale, sur fond de ce qui est révolu. Juste à parler et c’est déjà l’instant d’après. Opacité inéliminable, inhérente à toute remémoration. La trame nécessaire du récit n’invalide aucunement la véracité du souvenir, elle en est au contraire sa condition de possibilité. Elle rend possible l’émergence de fragments de vérité, toujours entre les lignes, hors de sentiers battus, là où on ne l’attend pas. À vouloir objectiver le souvenir, à coup de preuves et de mesures, on porte atteinte aux fondements mêmes de la mémoire humaine. À vouloir rendre les événements à leur soi-disant réalité, on les fait s’évanouir. Que l’on songe ici aux délires scientistes actuels qui entendent objectiver la mémoire et la réduire à un enregistrement informatique. Je prétends que l’homme cognitif est sans passé, sans histoire, en un mot, qu’il n’existe pas. » (pp. 9-10)

[39« La première partie, Leçons de Chose, traite cette question par un certain savoir acquis : le concept est étudié depuis sa genèse, suivi dans ses avatars au gré des remaniements de la doctrine analytique, chez Freud puis chez Lacan. Mais si la pulsion n’est plus mise à l’écart, rejetée dans les oubliettes, ni seulement transcendée dans la création, comment peut-elle prendre place « concrètement » dans l’existence d’un sujet qui s’est analysé, qui choisit de ne plus l’ignorer, mais de « traiter avec » ? La question initiale prend alors la tournure explicite d’un problème d’éthique. D’où la seconde partie, Éthique et pulsion ».

[40Poursuivons :
« Vous savez vraisemblablement qu’il a consacré une année de son séminaire à tâcher de définir cette éthique de l’analyse. J’en retiendrai trois termes, qui peuvent paraître bien peu mais sont pour nous beaucoup :

— Il s’agit d’une éthique du « Bien dire ». [...] faire une analyse, c’est aller à contre-pente, c’est s’opposer à cette passion de l’ignorance qui nous anime tous. [...] Bien dire, c’est se vouer à un certain réveil, c’est tenter de s’orienter du réel.

— Cette éthique nous encourage à « ne pas céder sur [notre] désir ». [...] En ce sens, l’analyse est Je contraire d’une sagesse. Après l’analyse, il semble impossible de dire : « Je n’ai pas voulu cela. » L’analyse met le sujet en prise directe avec sa responsabilité. Le sujet analysé se fait responsable de son destin ; il est son acte. [...] Non pas nier son destin : l’égaler.

— Cette éthique oppose au vent de la dépression, qui est l’affect de notre fin de siècle, l’exigence exaltante d’un Gay sçavoir. »

[41Revue Europe, n° 981-982, janvier-février 2001, couverture, sommaire présentation à cette adresse.

[42Excepté le possible, recueille des essais sur Bernard Noël, Roger Laporte, Jean-Michel Reynard, Jacques Dupin. Les sonnets de la mort ont été publiés aux mêmes éditions.

[43Bernard Noël Politique du corps, revue Ah !, éditions Cercle d’art, 2010.

[44Michel Surya, Le Polième (Bernard Noël), Lignes, à paraître, février 2011.

[45Polième, poliésie qu’il y a lieu d’entendre, faut-il le préciser, comme politique de la poésie, et non pas, bien sûr, comme poésie politique (horreur dans laquelle il est arrivé que celle-ci se fourvoie ; qu’elle ne se fourvoie pas moins que ne s’est, à sa façon, fourvoyée la poésie qui a abdiqué toute politique).
Avec cette note : « D’autres développements seraient possibles, qui entraîneraient plus loin, entre autres du côté de la philosophie. Lesquels ont par exemple opposé déjà Philippe Lacoue-Labarthe et Alain Badiou (le Heidegger du second au Manifeste de la philosophie du premier). Lesquels voudraient qu’on dise que ce n’est pas pour rien que le premier a alors parlé de « politique du poème ». En un sens avec lequel le « polième » aurait ici des affinités ? Sans doute. À la condition d’ajouter aux noms de Hölderlin, Rilke, Trakl, Celan, etc., auxquels il s’en tient, ceux de : Noël, justement, mais de Roche, Dupin, Reynard, Prigent, etc., aussi. »

[46Cf. G. B. : « Le renoncement au rêve et la volonté pratique de l’homme d’action ne représentent donc pas les seuls moyens de toucher le monde réel. Le monde des amants n’est pas moins vrai que celui de la politique. Il absorbe même la totalité de l’existence, ce que la politique ne peut pas faire »

[47Intitulé La contre-origine, la contribution de Christian Hubin qui tient tout autant de la poésie que de la (méta)poétique, de la philosophie, comme de la musique (c’est Josquin, et c’est Grisey), ne déroutera pas les lecteurs des recueils d’essais (parlant seul etc.) et de poèmes (Laps, Dont bouge ...) publiés chez Corti ; tout se passe ici comme si se défiaient en leur quintessence les deux formes en une joute dans laquelle nulle ne cède sur son désir. Chapeau.