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	<title>lettre de la magdelaine</title>
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	<description>Les lettres tiennent du journal de lectures ; elles traitent de la litt&#233;rature comme question &#8212; et de ses bords : arts, philosophie, psychanalyse, au-del&#224; de l'actualit&#233; de la parution des livres.
Ronald Klapka</description>
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		<title>lettre de la magdelaine</title>
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		<title>L'ange du visible</title>
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		<dc:date>2005-06-03T06:18:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ronald Klapka</dc:creator>


		<dc:subject>Dohollau, Heather</dc:subject>
		<dc:subject>Lacombe, Vianney</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;texte du 6 juin 2005 (Vianney Lacombe)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Les lettres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot674" rel="tag"&gt;Dohollau, Heather&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot828" rel="tag"&gt;Lacombe, Vianney&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour saluer la parution du dernier recueil de Heather Dohollau &#171; Le point de ros&#233;e &#187; aux &#233;ditions &#171; Folle Avoine &#187;, septembre 1999, la postface de ce recueil : L'ange du visible, par Vianney Lacombe.&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les po&#232;mes d'Heather Dohollau nous parlent du visible, de ce monde rassurant et familier dans lequel nous &#233;voluons et que nous reconnaissons &#224; chaque fois que nous ouvrons les yeux. Cette apparence rassurante est n&#233;e de l'habitude, de la certitude dans laquelle nous enfermons la distance et les objets pour mieux assujettir le monde &#224; nos pr&#233;occupations. Mais cet enfermement est celui de notre regard. Heather Dohollau ne regarde pas le monde du seul endroit o&#249; nous nous trouvons, elle trouve le monde &#224; l'endroit o&#249; nous ne regardons pas. Car derri&#232;re l'&#233;clat du jour existe une autre lumi&#232;re, qui n'est pas la nuit, o&#249; le monde est comme endormi, s&#233;par&#233; de ses plans, de ses volumes, filant &#224; pic comme derri&#232;re un d&#233;cor. Et c'est &#224; cet endroit que Heather Dohollau &#233;crit ses po&#232;mes. Elle regarde de son seuil, de sa venelle le lieu o&#249; le monde a perdu son nom. Et le rire des roses l'accueille au coeur du sens &#233;vanoui et de la dimension qui les contenaient. Ainsi le monde est &#233;trange lorsqu'il est trouv&#233;. Mais sa place oubli&#233;e a toujours exist&#233;, ce qui explique cette absence de crainte, cette joie dans la reconnaissance qui ne peut faire mal, &#224; condition de d&#233;poser toutes les armes du savoir. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en a toujours &#233;t&#233; ainsi pour Heather Dohollau, car il lui a &#233;t&#233; donn&#233;, autant qu'il est accord&#233; &#224; un adulte, de rester dans le lieu absolu de l'enfance. Et ce qu'elle pratiquait avec candeur, c'est-&#224;-dire la foi dans l'impossible, elle peut maintenant l'&#233;crire avec les lois des adultes. Cependant, cette foi dans l'impossible de l'enfance, qu'est-ce sinon conna&#238;tre le non-fini du monde, et se refuser &#224; voir les barri&#232;res qui le d&#233;limitent ? &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais le corps des adultes est l'une des barri&#232;res qui grandissent avec vous, qui vous font r&#233;gresser et perdre l'immensit&#233; de la non-connaissance. Cependant le po&#232;te, lorsqu'il &#233;crit, est celui dont la chair ne s'est pas referm&#233;e et dont les membres jamais grandis d&#233;c&#232;lent encore l'immensit&#233;. La vue d'Heather Dohollau plonge vertigineusement dans l'enfance, mais elle d&#233;tient le langage, la graphie de l'adulte dont l'enfant n'a que faire, puisqu'il ne s'agit pas pour lui de faire retour, mais simplement d'habiter sa propre totalit&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cependant ce langage, avec ses concepts, ses lois, son organisation peut devenir un auxiliaire pr&#233;cieux de cette reconqu&#234;te. En effet, gr&#226;ce &#224; lui, un inventaire devient possible. Il d&#233;limite, il met en place, il organise l'inou&#239; qui reste tapi de l'autre c&#244;t&#233;, puisqu'il ne peut &#234;tre d&#233;sign&#233;, seul son creux reste visible &#224; l'envers des signes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et c'est le travail de tout po&#232;te, de tout vrai po&#232;te, de rendre proche cette interruption du monde connu. Mais cette investigation n'est pas sans danger. Le po&#232;te, comme le disait Rimbaud, a besoin de toute sa foi, de toute sa force surhumaine, mais aussi - et c'est l&#224; que Heather Dohollau se s&#233;pare de Rimbaud -, de toute son all&#233;gresse pour aller au-devant du danger. Il est tellement difficile de se croire !, d'accepter l'&#233;vidence impossible, de ne pas faillir en soi-m&#234;me lorsqu'on est jet&#233; en dehors de sa propre pr&#233;sence, celle qui vous sert tous les jours, et que des cloisons insoup&#231;onn&#233;es s'effondrent pour vous laisser passer. Il est toujours temps de reculer, de ne pas s'accepter, mais la joie !, on ne peut la n&#233;gliger. Et le courage est l&#224;, dans le refus de toute sentimentalit&#233; - car il faut &#234;tre dur pour affronter cette v&#233;rit&#233;-l&#224; -, oser la joie qui se dresse devant vous, la joie renversante des apparences, la place du monde qui se d&#233;cale, tout l'important est d'&#234;tre absent de ce pr&#233;sent qui s'&#233;tale, se dilate, renverse les cloisons et aplatit les horizons.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Car le temps n'existe plus lorsque s'exerce cette puissance, et celle qui se glisse en dehors de lui assiste &#224; la dormition du monde, &#224; cette &#233;trange apparition sans dimensions, c'est l'Ange qui transperce le visible et nous montre le rien, il est l'architecture du vide qui se d&#233;ploie enfin, et qu'importe si le vol a eu lieu, puisqu'&#224; cet instant, dans le jaillissement, le monde absent est devenu pr&#233;sent. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A cet instant, dans ce lieu, tout le possible est pr&#233;vu. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner si Heather Dohollau retrouve le chemin illumin&#233; par Rimbaud. A l'aube du monde, le po&#232;te d&#233;chiffre les signes ant&#233;rieurs &#224; toute cr&#233;ation : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Quand nous croyons ne rien pouvoir lire sur la pierre du paysage, nous ne sommes pas &#224; bonne distance. Un peu plus pr&#232;s, un peu plus loin et les signes se creusent, nous laissant passer comme une brume l&#233;g&#232;re de septembre dans le lit dess&#233;ch&#233; de la mer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
Car, &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Avec un rocher anonyme nous avons engendr&#233; un sphynx &#224; la crini&#232;re de lierre, qui, gard&#233; par les corbeaux, nous tient maintenant pour toujours en dehors de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Ces signes en relief permettant d'acc&#233;der aux diff&#233;rents plans du visible, dont ils sont les balises, les notes des octaves inf&#233;rieures ou sup&#233;rieures. Il s'agit de toucher ce qui est soulev&#233;, les creux et les bosses de l'Innomm&#233;, et de laisser parler l'immense d&#233;sir cach&#233; sous la r&#233;alit&#233;. La forme de l'ab&#238;me est soudain d&#233;voil&#233;e et le po&#232;te doit s'effacer devant cette v&#233;rit&#233;, le monde advient ce qu'il n'a pas &#233;t&#233;, sa Voix, son corps, son souffle &#233;cartent le r&#233;el pour exister.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que Heather Dohollau &#233;crit, elle l'a vu, ou plut&#244;t elle l'a v&#233;cu par la vue, et chez ce po&#232;te essentiellement visuel, qui ne laisse jamais l'imaginaire prendre le pas sur la sensation, les po&#232;mes peuvent &#234;tre lus comme des tableaux. Ils d&#233;finissent un espace qui est clos dans le verbe et dans lequel la ligne horizontale de la mer, de la gr&#232;ve, d'une muraille, jouent un r&#244;le stabilisateur. Car nous sommes dans le r&#233;el, dans ce qu'Heather Dohollau observe chaque jour, la succession des plans qui ordonnent le monde. Et le po&#232;me se doit de rendre cette permanence. La lumi&#232;re est l&#224;, pr&#233;cise, unificatrice, &#233;clairant le lointain aussi bien que les mains du po&#232;te. Nous vivons dans un monde patient et arr&#234;t&#233;. Mais soudain Heather Dohollau l&#232;ve les yeux, et c'est l'irruption de la verticalit&#233;. La muraille ne se dresse pas, elle est surmont&#233;e, le plan qu'elle indiquait est en carton et cette minceur s'enfonce de l'autre c&#244;t&#233;. La mer, la gr&#232;ve semblent se redresser, l'ensemble du spectacle est en papier pour nous permettre de replier l'immensit&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cependant, m&#234;me lorsque nous entrons avec Heather Dohollau dans l'&#233;tranget&#233;, l'invisible nous est r&#233;v&#233;l&#233; avec la nettet&#233; de la r&#233;alit&#233;. Sa g&#233;om&#233;trie nous est indiqu&#233;e, le nul et le non-avenu sont v&#233;rifiables dans leur &#233;tendue. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Sur les pages du Livre &lt;br&gt; Sont dessin&#233;es les inclinaisons &lt;br&gt;
Du corps futur &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de quel sol ultime &lt;br&gt; Le pied ail&#233; prendra-t-il sa remont&#233;e ? &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve visit&#233; chaque nuit est &#233;galement une aide pr&#233;cieuse dans la possession de l'invisible, puisque le dormeur y &#233;prouve avec naturel l'absence du r&#233;el. Les barri&#232;res n'existent plus, les r&#232;gnes sont m&#233;lang&#233;s, Tout est possible. Et lorsque le dormeur est r&#233;veill&#233;, il peut retrouver les pas du sommeil &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;alit&#233;, et se glisser dans les failles de la continuit&#233;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a un monde cr&#233;&#233; par le souffle des sensations, de parfums et de lueurs trouv&#233;s au bout de longs couloirs raccourcis dans l'instant.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous servons pour voyager parmi les formes du jour d'une navigation nocturne. Devinant les r&#233;cifs et les d&#233;troits, pourtant bien en vue, nous les abordons de profil.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Heather Dohollau a ressenti tr&#232;s t&#244;t cette pr&#233;sence de l'invisible. La solitude d'une petite fille &lt;i&gt;bravant le vide du centre&lt;/i&gt; des heures, &lt;i&gt;chaque pas ayant son poids de n&#233;ant&lt;/i&gt;, aurait pu devenir insupportable si elle n'avait su &lt;i&gt;faire d&#233;jeuner l'invisible, faute de r&#233;el... Mais l'air &#233;tait bruissant d'anges mitoyens, des autres&lt;/i&gt; (elle avait) &lt;i&gt;connaissance par le ciel&lt;/i&gt;. Ces anges et ce ciel n'ont rien &#224; voir avec ceux de la religion. Ils repr&#233;sentent la g&#233;om&#233;trie du possible, l'ordonnance inconnue du chaos, l'espace ou le vide est soudain contenu, &#233;tay&#233;, approch&#233; en dehors de toute r&#233;alit&#233;, mais ce vide est tellement d&#233;limit&#233; qu'il est possible d'y &#233;tendre sa complicit&#233; avec des figures invent&#233;es, r&#233;v&#233;latrices d'une autre forme d'exister qui se propage - puisqu'est trouv&#233;e la cl&#233; - dans cette contr&#233;e inexplor&#233;e. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dans la gloire soudaine &lt;br&gt; De joie&lt;br&gt; Il l&#232;ve les bras &lt;br&gt; Comme un nageur &lt;br&gt;
Qui se retourne&lt;br&gt; Vers l'ombre de la terre&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais ces r&#233;v&#233;lations peuvent mener &#224; une terrible lassitude, au plus profond d&#233;couragement :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux plus marcher dans les chemins creux, ni sur les routes escarp&#233;es. Il me faut un dallage lisse pour que la maigre coul&#233;e de ma t&#234;te ne se perde pas contre les cailloux du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
L'horizon bascule et nous &#233;crase en d&#233;mantelant nos r&#234;ves de gloire, de triomphe, et r&#233;duisent nos esp&#233;rances &#224; n&#233;ant. Plus de routes escarp&#233;es ni de chemins creux. Le po&#232;te jet&#233; hors de lui-m&#234;me n'aspire plus qu'&#224; la platitude du r&#233;el, &#224; une route d&#233;gag&#233;e de toute asp&#233;rit&#233;, &#224; un monde rassurant dans sa solidit&#233;. Ne pas perdre la t&#234;te, ne pas la laisser se liqu&#233;fier contre le n&#233;ant des obstacles rencontr&#233;s, contre l'impr&#233;visible r&#233;sistance de l'inconnu. A ce moment, &lt;i&gt;elle a tout vu, tout connu&lt;/i&gt;, il lui faut se prot&#233;ger, et r&#233;apprendre le r&#233;el dans sa solidit&#233;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il existe l'autre versant de cette gloire soudaine qu'&#233;voque le po&#232;me cit&#233; plus haut, l'ombre de la terre, les limbes de la clart&#233; dans lesquelles Heather Dohollau peut tomber, o&#249; tout ce qu'elle a conquis lui est retir&#233;, ou plut&#244;t donn&#233; sans mesure dans l'exc&#232;s du hasard qui fait fl&#233;chir sa d&#233;termination, brise son audace et la cloue au centre de l'impossibilit&#233; o&#249; elle est menac&#233;e de sombrer. Cette souffrance est celle du po&#232;te jet&#233; dans le risque pour nous donner &#224; voir le n&#233;ant &#233;tag&#233; en silence, et le po&#232;me se forme dans l'intervalle de cette absence, il se construit &#224; l'int&#233;rieur du vide le long de la r&#232;gle des mots qui le tassent, l'inclinent et le redressent pour mieux nous faire sentir les couloirs, les all&#233;es de l'espace que le po&#232;me emprunte, et dont il s'&#233;chappe soudainement aveugl&#233; dans la lumi&#232;re du papier retrouv&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;e au Pays de Galles, ce n'est que trente ans apr&#232;s son arriv&#233;e dans notre pays que Heather Dohollau publie son premier recueil de po&#232;mes en fran&#231;ais. Pendant ces longues ann&#233;es, elle a d&#233;nou&#233; les liens qui unissaient la parole &#224; son sol natal, elle a cess&#233; d'interroger le r&#233;el avec sa langue maternelle, et elle a appris tout ce qui n'est pas dit derri&#232;re les mots d'ici, l'ordonnance de notre pays, les ar&#234;tes vives de la lumi&#232;re, la pr&#233;cision des contours, la structure qui sous-tend notre langue &#233;loign&#233;e du lyrisme et de l'effusion. Il lui a donc fallu se perdre, abandonner tous les recours de sa langue natale, pour &#233;clairer sa po&#233;sie d'une autre lumi&#232;re, plus distanci&#233;e, moins musicale, mais rigoureuse dans l'analyse, tournant et retournant la sensation sous le regard int&#233;rieur pour en comprendre les brisures et les continuit&#233;s. C'est de cet instrument que Heather Dohollau s'est empar&#233;e pour retrouver dans son pass&#233; ce qui &#233;tait informul&#233; et structurer l'immensit&#233; de l'enfance oubli&#233;e. Et celle-ci s'est lev&#233;e, par-del&#224; la mort voulue et accept&#233;e de l'exil, elle s'est brutalement incarn&#233;e dans des mots tout neufs, color&#233;s par l'&#233;motion &#233;prouv&#233;e devant la pr&#233;sence intacte de chaque d&#233;tail, une pelouse, une tapisserie, une &#233;chelle, qui gr&#226;ce &#224; la magie de l'&#233;criture, perdent l'opacit&#233; de leur sens usuel pour laisser voir par transparence la mati&#232;re m&#234;me de l'instant r&#233;volu. A partir de ce moment, il lui suffisait d'ouvrir les yeux. Elle l'avait toujours fait. Mais jamais avec ce regard, cette d&#233;termination sur les plus humbles d&#233;tails de notre vie quotidienne. La pl&#233;nitude qu'elle soup&#231;onnait venait non pas de la chose elle-m&#234;me, mais de la duplication &#233;ternelle de sa pr&#233;sence dans l'arri&#232;re-monde entrevu, souvenir d'une autre vie, mais plus haute, plus ample que celle-ci, comme si nous retrouvions l'espace d'un instant la forme du g&#233;ant que nous &#233;tions avant, et qu'il &#233;tait permis en &#233;crivant d'&#234;tre vivant &#224; deux endroits diff&#233;rents. Le regard de Heather Dohollau embrasse le visible dans toute son &#233;tendue, et ce que montrent ses po&#232;mes, ce sont aussi les manques, les points aveugles de notre vision que nous avons appris &#224; n&#233;gliger dans notre exploration mentale du monde visible. Heather Dohollau nous montre ces passages, ces ruptures dans le profil du monde, d&#233;pla&#231;ant ainsi son regard hors de notre champ intellectuel, et recouvrant la vue, ce qui signifie en fait infiniment plus, puisque tout ce que l'esprit contr&#244;lait dans sa recherche d'efficacit&#233; se d&#233;fait, abolissant la succession des &#233;v&#233;nements pour leur substituer le surgissement de l'infiniment proche toujours pr&#233;sent. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est dans ces manques, dans ces failles que Heather Dohollau a trouv&#233; sa v&#233;rit&#233; et elle nous y emm&#232;ne avec elle, nous qui ne savons pas voir, elle nous montre le ciel, le vrai ciel - heureusement que nous sommes au paradis, autrement nous serions oblig&#233;s de croire &#224; la terre -, celui que nous c&#244;toyons tous les jours sans en conna&#238;tre l'&#233;paisseur, elle le voit entrouvert pas &#224; pas dans le silence dans l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		
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