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	<title>lettre de la magdelaine</title>
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	<description>Les lettres tiennent du journal de lectures ; elles traitent de la litt&#233;rature comme question &#8212; et de ses bords : arts, philosophie, psychanalyse, au-del&#224; de l'actualit&#233; de la parution des livres.
Ronald Klapka</description>
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		<title>lettre de la magdelaine</title>
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		<title>Henri Maldiney, une ph&#233;nom&#233;nologie &#224; l'impossible</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ronald Klapka</dc:creator>


		<dc:subject>Maldiney, Henri</dc:subject>
		<dc:subject>Chr&#233;tien, Jean-Louis</dc:subject>
		<dc:subject>Meitinger, Serge</dc:subject>
		<dc:subject>Gros, Caroline</dc:subject>
		<dc:subject>Housset, Emmanuel</dc:subject>
		<dc:subject>Huygens, Ado</dc:subject>
		<dc:subject>Joli, Arlette</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;lis, Rapha&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Brunel, Sarah</dc:subject>
		<dc:subject>Grosos, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>Escoubas, &#201;liane</dc:subject>
		<dc:subject>Rodriguez, Antonio</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;texte du 18 mars 2003&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Les lettres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Maldiney, Henri&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Chr&#233;tien, Jean-Louis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot220" rel="tag"&gt;Meitinger, Serge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot399" rel="tag"&gt;Gros, Caroline&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot817" rel="tag"&gt;Housset, Emmanuel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot818" rel="tag"&gt;Huygens, Ado&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot819" rel="tag"&gt;Joli, Arlette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot820" rel="tag"&gt;C&#233;lis, Rapha&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot821" rel="tag"&gt;Brunel, Sarah&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot822" rel="tag"&gt;Grosos, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot823" rel="tag"&gt;Escoubas, &#201;liane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot824" rel="tag"&gt;Rodriguez, Antonio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;tudes r&#233;unies par Serge Meitinger, au &lt;a href=&#034;http://web.lerelaisinternet.com/hermeneutique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cercle Herm&#233;neutique&lt;/a&gt;, collection Ph&#233;no en mani&#232;re d'hommage s'efforcent de reparcourir &#224; la suite du penseur, et dans sa lumi&#232;re, le vaste champ ouvert par une oeuvre importante bien que discr&#232;te. &#034; Nous commen&#231;ons [...] notre hommage avec quelques propos parmi les plus r&#233;cents d'Henri Maldiney, rapport&#233;s par Ado Huygens. Nous l'achevons par l'&#233;vocation d'un des ouvrages les plus anciens de ce philosophe et remontant le plus loin en arri&#232;re. Ce, afin de montrer l'unit&#233; de cette pens&#233;e et sa pers&#233;v&#233;rance, la continuit&#233; et l'endurance de son questionnement, afin de vous faire contempler cette &#226;me &#034;toujours en apprentissage et en espreuve&#034; et, admirant, de vous permettre de vous essayer &#224; votre tour et d'y &#034;co-na&#238;tre&#034;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'&#233;cris pour ceux que cet &#233;crit &#233;veillera. &#192; quoi ? &#192; ce pourquoi j'&#233;cris. J'&#233;cris en tant que t&#233;moin de la signifiance de l'&#202;tre qui me traverse et m'enveloppe irruptivement. Cela conduit &#224; un livre. Je ne suis pas ma&#238;tre de l'ouvrage. Je suis le t&#233;moin d'une oeuvre, l'istor, comme les figures sous arcade de &#034;L'Apocalypse&#034; d'Angers sont en bordure de chaque sc&#232;ne les garants de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;Henri Maldiney&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Nul philosophe contemporain, nous semble-t-il, n'exige autant de son lecteur qu'Henri Maldiney. Il lui demande en effet de faire &#224; sa suite l'exp&#233;rience de l'impossible et de prendre conscience que c'est bien l&#224; ce qui constitue son existence, son exister le plus propre. Certes les moments m&#234;mes de cette exp&#233;rience, de cette &#233;preuve sont rares mais, ni datables, ni quantifiables, ni r&#233;it&#233;rables &#224; volont&#233;, ils sont l'irruption d'un &#233;v&#233;nement-av&#232;nement dans la trame ordinaire des jours et cette d&#233;chirure sans date ni lieu pr&#233;&#233;tablis d&#233;c&#232;le, &#224; chaque fois et pour chacun, le point-source o&#249; l'homme doit se fonder en &#034;s'effondant&#034;, c'est-&#224;-dire en s'ouvrant &#224; &#034;la signifiance de l'&#202;tre qui le traverse et l'enveloppe irruptivement&#034;... La fid&#233;lit&#233; &#224; ce point-source et cette fid&#233;lit&#233; caract&#233;rise au plus haut point toute l'oeuvre du penseur, qu'il aborde les probl&#232;mes de l'art, ceux de la psychopathologie ou de la philologie implique une ph&#233;nom&#233;nologie radicale et paradoxale : radicale en ce qu'elle s'int&#233;resse bien plus &#224; l'appara&#238;tre m&#234;me, &#224; l'apparition comme &#233;v&#233;nement-av&#232;nement qu'&#224; ce qui appara&#238;t et devient ensuite d&#233;terminable par de tout autres rep&#232;res ; paradoxale parce que, tout en reparcourant l'histoire de la philosophie et celle, en particulier, de la ph&#233;nom&#233;nologie, elle ne saurait s'arr&#234;ter en des concepts qui op&#233;reraient comme des d&#233;terminations ferm&#233;es ou syst&#233;matiques, b&#226;tissant une th&#233;orie qui superposerait son &#233;difice au pur &lt;i&gt;il y a&lt;/i&gt; = &lt;i&gt;j'y suis&lt;/i&gt; de l'exister que le ph&#233;nom&#233;nologue s'efforce seulement de d&#233;crire, en t&#233;moin fiable bien que passionn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour rendre hommage &#224; une telle oeuvre de pens&#233;e qui est aussi une exp&#233;rience, opini&#226;tre, t&#234;tue, pour en peindre un portrait plut&#244;t que de la r&#233;duire &#224; un syst&#232;me, il ne sera pas principalement question ici d'en r&#233;aliser un cadrage ou un d&#233;coupage minutieux, classificatoire (je me rappelle avec quel d&#233;dain Maldiney &#233;voquait, en juin 1984 lors du colloque &#034;Espace et po&#233;sie&#034; &#224; l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure de la rue d'Ulm, tous ceux qui, comme certains peintres du dimanche et un certain Winston Churchill, tenaient &#224; placer le cadre autour de la toile avant que de commencer &#224; peindre afin d'&#234;tre tenus en lisi&#232;re et de ne pas d&#233;border, de ne pas s'ouvrir &#224; autre chose qu'&#224; une repr&#233;sentation...). Il s'agira plut&#244;t d'appr&#233;cier et de d&#233;rouler un cheminement unique qui est susceptible de s'actualiser sur plusieurs plans, &#224; la fois ou successivement, et auquel j'aimerais conf&#233;rer un mode d'apparition qui soit presque celui d'une oeuvre d'art, le mode plus pr&#233;cis&#233;ment de la &lt;i&gt;surprise&lt;/i&gt; que me r&#233;serva la d&#233;couverte de la lithographie plac&#233;e par Bazaine dans le tirage sur grand papier du chapitre &#034;L'av&#232;nement de la peinture dans l'oeuvre de Bazaine&#034;. Ouvrant l'ouvrage puis la double page portant le dessin, prot&#233;g&#233; par une feuille de papier de soie, je ne vis d'abord rien, litt&#233;ralement rien, au milieu de la page blanche ce froncement de lignes ne dessinait rien. Puis soudain &#233;mergea du fond la figure, le visage de Maldiney se forma de lui-m&#234;me : sans aucun contour il imposait une pr&#233;sence, myst&#233;rieuse, imp&#233;rieuse bien qu'un peu r&#233;ticente, en retrait... L'absence d'une ligne cernant le visage lui conf&#233;rait simultan&#233;ment un double pouvoir, deux sens contraires mais se renversant incessamment... Sans limite donn&#233;e d'avance &#224; sa force, il rayonnait sur ses entours, s'annexant la page, m'envahissant... Sans protection laiss&#233;e &#224; son quant-&#224;-soi, &#224; l'int&#233;riorit&#233; du soi, il &#233;tait envahi par le blanc qui le reprenait, le ramenait &#224; l'indistinct et j'avais peur pour lui... Diastole-systole. Pour s'assurer, mon regard avait besoin de ses yeux : le regardant dans les yeux, dans le dessin de ses yeux, je le rencontrais enfin sans le tenir, &#233;chappant momentan&#233;ment au mouvement de balancier pr&#233;c&#233;demment v&#233;cu. J'envisageais le nez, la br&#232;ve rondeur de son extr&#233;mit&#233;, son ar&#234;te et ses plis, sa d&#233;termination paysanne ou montagnarde, l'arc boudeur de la bouche, ceux des sourcils broussailleux : la forme se formant ouvrait un sens, une signifiance sans signifiable autre que le trait, le blanc, le froncement d'abord incompris, maintenant plein de sens, &lt;i&gt;d'un sens de pr&#233;sence, fait du pur &#233;tonnement d'&#234;tre l&#224;&lt;/i&gt;. Et je m'apparus au miroir de cet &#233;tonnement que je connus soudain &#234;tre aussi le mien ! Alors je pus lire la devise plac&#233;e par l'artiste sur la page voisine : &#034;L'&#226;me aime la main&#034; (Pascal) et la m&#233;diter comme la venue en mots du myst&#232;re, du myst&#232;re m&#234;me que laissait &#234;tre le portrait en tant que portrait form&#233; de main d'homme... Toutefois et ce sens et ce myst&#232;re ne sauraient s'annexer comme une possession, comme une certitude bien circonscrite ; laiss&#233;s &#224; notre inattention, &#224; notre frivolit&#233; ils retournent &#224; l'indistinct qu'est le fond... La double page se referme et l'exp&#233;rience est &#224; refaire, obstin&#233;ment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les trois premi&#232;res &#233;tudes ici propos&#233;es pr&#233;sentent les conditions et le contexte de la rencontre -de l'homme avec l'homme, face &#224; face ou par l'entremise de l'&#233;criture, de l'homme avec le monde, du monde avec l'homme, de l'homme avec lui-m&#234;me - sur le mode d'une exp&#233;rience en premi&#232;re personne. Notre premier texte est un t&#233;moignage, celui d'un &#034;disciple&#034; qui nous expose comment il a rencontr&#233; son ma&#238;tre ; le second place dans la &#034;lumi&#232;re de l'&#233;preuve&#034; toute l'entreprise de pens&#233;e propre &#224; Maldiney, &#233;clairant l'impossible comme une catastrophe r&#233;demptrice ; le troisi&#232;me, r&#233;cusant la conception classique du sujet, envisage avec rigueur ce qu'il en est d'un &#034;moi inimaginable&#034; et n&#233;anmoins pr&#233;sent, &#224; l'avant de soi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ado Huygens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; nous parle d'une initiation et d'une r&#233;v&#233;lation, les siennes. La surprise &#233;veill&#233;e et sans cesse r&#233;veill&#233;e en lui par une &#233;criture constamment &#224; la pointe de l'existence et de l'exister d&#233;bouche sur la surprise d'un face &#224; face qui devient rencontre. Pensant son attente sans cesse relanc&#233;e comme une crise, analogue &#224; celle que vit l'adolescent, pris entre le rien et le non-sens, il en trouve le d&#233;nouement dans un &#233;change sans emphase ni phrases &#034;au large de tout Ici, sans ailleurs, ...hors de soi, au p&#233;ril de l'espace, dans l'Ouvert&#034;. La parole vive d'Henri Maldiney (enregistr&#233;e &#224; V&#233;zelin en septembre 2001) s'entrelace aux mots de son disciple et ce dialogue qui traverse et porte l'&#233;criture, ici fix&#233;e en guise de pr&#233;face &#224; notre entreprise, vise &#224; entretenir ou &#224; susciter l'&#233;veil n&#233;cessaire au n&#233;cessaire &#034;d&#233;passement du monde&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jean-Louis Chr&#233;tien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; renvoie initialement &#224; Montaigne pour d&#233;finir la philosophie &#034;inchoative&#034; de Maldiney, toujours en d&#233;part, toujours au commencement, &#034;en apprentissage et en espreuve&#034; et jouant, &#224; chaque fois, &#034;le tout pour le tout&#034;. Le style de l'oeuvre n'est donc pas discursif, mais, calqu&#233; sur sa d&#233;marche la plus profonde, il privil&#233;gie &#034;l'&#233;clair de l'&#234;tre&#034; qui est aussi l'&#233;mergence du rien, de l'impossible. L'impossible ne s'y d&#233;finit cependant pas n&#233;gativement comme une n&#233;gation logique, un manque &#224; &#234;tre ou un moins mais comme un &#034;pouvoir-&#234;tre&#034;, la puissance m&#234;me (la dynamis d'Aristote), vertigineuse et radicale car, &#224; chaque fois, &#034;le r&#233;el, c'est ce qu'on n'attendait pas&#034;. Pour appr&#233;cier cette perc&#233;e, il ne faut donc pas en rester au possible comme &#224; une &#233;bauche ou &#224; une esquisse seulement plausibles ou approch&#233;es que l'&#233;mergence du r&#233;el d&#233;value et laisse derri&#232;re elle comme l'illusion m&#234;me qu'elle remplace, il faut se risquer &#224; l'&#034;impossible&#034;, le terme d&#233;signant maintenant ce &#034;qui en d&#233;chirant la trame du possible pour se faire jour en montre aussi la force et le sens&#034;. Ce risque est le sens m&#234;me (direction et signification) de l'&#233;preuve et la catastrophe qu'il semble d'abord pr&#233;cipiter - le monde perd ses assises comme le moi et toutes les formes connues : je ne vois d'abord plus rien, rien litt&#233;ralement - ce cataclysme est la prop&#233;deutique r&#233;g&#233;n&#233;ratrice qui pr&#233;lude &#224; la lumi&#232;re, &#224; l'&#233;mergence de la forme se formant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Emmanuel Housset&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; recentre, lui, cette &#233;preuve sur l'&#233;mergence du moi. La philosophie de Maldiney con&#231;ue comme une exp&#233;rience, sans cesse &#224; refaire, toujours recommen&#231;ante, ne saurait se satisfaire d'une conception du sujet qui place ce dernier en position de ma&#238;tre et spectateur par rapport &#224; un monde-objet, m&#234;me si cette ma&#238;trise est repens&#233;e en termes d'ego transcendantal voire de Dasein. Non, il faut plut&#244;t tenter de d&#233;finir un moi qui soit &#034;celui de la r&#233;ceptivit&#233; ouverte du sentir&#034; et s'assurer qu'&#034;en lui le sujet est ouvert &#224; son propre d&#233;passement dans l'&#233;preuve de l'alt&#233;rit&#233; des choses&#034; et des autres. Ainsi disponible, le moi, vou&#233; &#224; l'impossible qu'est son premier contact avec le monde, s'en remet &#224; &#034;l'appel m&#234;me des choses&#034;, &#224; leur &#034;parole qui rend possible notre propre parole&#034; et il doit rester &#034;inimaginable&#034; c'est-&#224;-dire irr&#233;ductible &#224; des repr&#233;sentations d&#233;j&#224; con&#231;ues, m&#234;me sous la forme d'anticipations irr&#233;elles et tenues pour telles. Mais, en ce lieu m&#234;me du moi a priori inimaginable, le risque, pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233; par Jean-Louis Chr&#233;tien et mu&#233; par lui en lumi&#232;re, cro&#238;t et menace avec plus d'acuit&#233;. Une sorte de cataclysme pr&#233;cipite dans le rien : je ne vois rien car, hors de moi, &#034;&#224; l'avant de moi, en moi plus avant&#034;, je ne suis encore rien et JE dois surgir de cette b&#233;ance. Telle est la crise et tel est le &#034;moment d&#233;cisif du saut, qui d&#233;cide de soi puisqu'en elle [la crise] on est contraint &#224; l'impossible : se transformer ou s'an&#233;antir&#034;. L'alternative est radicale : &#034;en effet le moi mis en demeure d'exister par l'&#233;v&#233;nement peut tout aussi bien dispara&#238;tre&#034;. L'honn&#234;tet&#233; et la grandeur de la pens&#233;e de Maldiney consistent &#224; ne jamais c&#233;ler ce risque et le danger encouru. L'&#233;panouissement du moi dans la rencontre (avec autrui, avec le monde, avec et dans l'oeuvre d'art) est ins&#233;parable de son revers, de son contraire : l'&#233;chec &#224; faire, &#224; &#234;tre comme &#224; se faire, qui d&#233;truit et interdit l'ouverture, et les deux ont la m&#234;me source, le bond originaire et n&#233;cessaire sur le rien, dans l'Ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les deux &#233;tudes qui suivent envisagent cette catastrophe qu'est la psychose, dans ses principales dimensions. Forme typique, bien que bloqu&#233;e, de &#034;l'existence &#224; l'impossible&#034;, l'exp&#233;rience psychotique est susceptible de nourrir la plus radicale des approches anthropologiques. &lt;a id=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Caroline Gros&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; constate quel choc provoque la rencontre avec un psychotique. Le ravage para&#238;t tel que la question qui s'impose est : &#034;Qu'est-ce qu'il lui est arriv&#233; pour en &#234;tre &#224; ce point ?&#034; La r&#233;ponse &#233;tonne d'abord : il n'a pas affront&#233; une &#233;preuve diff&#233;rente de celle que vit l'existant dit normal mais, contraint &#224; l'impossible, il est rest&#233; sous l'interdit, sous le diktat de cet impossible qui ne s'est pas d&#233;ploy&#233; en &#034;pouvoir-&#234;tre&#034; ; il ne l'a pas travers&#233; vers ce r&#233;el qu'il n'attendait pas, ne disposant pas d'espace de jeu pour &#034;jouer le jeu&#034; de l'accommodation... L'existence bascule alors dans une forme rigide, morbide qui impose la pr&#233;gnance d'un seul &#233;v&#233;nement et &#034;coupe court &#224; la possibilit&#233; de toute autre crise&#034; (qui pourrait induire renouvellement ou d&#233;passement). Le psychotique est vou&#233; &#224; la r&#233;it&#233;ration infinie, hors temps, hors lieu, de l'&#233;v&#233;nement qui l'a saisi et fig&#233;. Maldiney, &#224; la suite de Binswanger, reconsid&#232;re le cas de Suzanne Urban : le d&#233;clenchement de sa psychose semble r&#233;sulter de la contrainte inflig&#233;e &#224; cette femme par la mimique du m&#233;decin qui lui r&#233;v&#232;le le cancer mortel de son mari tout en lui interdisant de manifester son horreur par un cri ; la brutalit&#233; sans appel de ce geste lui a, en fait, interdit d'assumer l'&#233;v&#233;nement-cri qu'elle aurait peut-&#234;tre pu apprendre &#224; traverser vers le r&#233;el et surmonter. Mettre en &#233;vidence un tel cri qui &#034;nous ram&#232;ne au niveau pr&#233;-objectif du sentir, au ressentir de la m&#233;tamorphose de l'existence&#034;, en analyser la nature et la port&#233;e comme &#233;v&#233;nement, permet, selon&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Arlette Joli&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;, une &#233;poch&#232; plus radicale que l'&#233;poch&#232; ph&#233;nom&#233;nologique. Il doit en r&#233;sulter une anthropologie r&#233;solument n&#233;gative qui, n'accordant nulle qualit&#233; a priori &#224; l'humain, n'en &#233;labore nulle th&#233;orie. Cette n&#233;gativit&#233;, impossible &#224; th&#233;matiser, est tension entre absence et pr&#233;sence, dedans et dehors, imaginable et inimaginable &#034;dans le frayage m&#234;me du sens&#034;, elle est &#034;autant puissance transformante que risque d'effondrement&#034;. Telle est, dans l'&#233;pure r&#233;alis&#233;e par le choc psychotique, &#202; comme combat &#224; mort ou ne cessant de risquer la mort ou pire que la mort, l'inexistence &#202; l'&#034;agonie primordiale&#034; qui est celle de la folie certes, mais celle aussi de tout exister, con&#231;u comme &#034;une lutte tourn&#233;e vers le vide et le rien pour lui donner une issue, la faille, le blanc, le vide appartenant dimensionnellement &#224; l'existence, comme l'Ouvert&#034;. Cette &#034;agonie&#034; r&#233;v&#232;le que, comme le veut Kierkegaard, &#034;c'est de la non-existence que l'existence peut commencer&#034;, que c'est de l'ind&#233;termin&#233; que le d&#233;termin&#233; peut na&#238;tre et cette n&#233;gativit&#233; constitutive est en mesure de devenir &#034;le discrimant m&#234;me de l'humain&#034;, abolissant toutes les autres d&#233;terminations codifiables. Bien que l'issue de l'&#034;agonie primordiale&#034; reste a priori ind&#233;cidable, comme un visage oscillant entre une expansion, peut-&#234;tre pl&#233;thorique, et l'effondrement dans l'ind&#233;termin&#233;, dans l'inexistant, la catastrophe psychotique, elle, enraye d&#233;finitivement le processus de d&#233;cision, et pour le pire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au contraire une d&#233;cision qui l'emporte chez Nietzsche quand il veut d&#233;finir le destin ; c'est aussi une d&#233;cision qu'impose &#034;l'instant sans date&#034; propre &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie de Maldiney. Mais ces d&#233;cisions sont de sens oppos&#233;s : les &#233;tudes de Rapha&#235;l C&#233;lis et de Sarah Brunel nous le montrent. Opposant le &#034;mythe de l'&#233;ternel retour&#034; selon Nietzsche &#224; la &#034;tonalit&#233; lyrique&#034; propre &#224; H&#246;lderlin,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rapha&#235;l C&#233;lis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; entend nous &#233;clairer ce que Maldiney pourrait nommer destin. Non l'affirmation volontariste de Nietzsche, masqu&#233;e sous un appel r&#233;it&#233;r&#233; &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233; et &#224; l'esprit de jeu, et qui, revendiquant l'&#233;ternel retour du m&#234;me, se doit d'en assumer la pesanteur et l'&#233;crasante responsabilit&#233;, d&#233;mesur&#233;e, hyperbolique, induisant une vraie &#034;inflation&#034; du Moi. Mais bien l'accord quasi musical que souhaite r&#233;aliser le lyrisme h&#246;lderlinien entre la sph&#232;re id&#233;ale du Moi et la sph&#232;re ext&#233;rieure, celle du monde : les deux s'accorderaient en une tonalit&#233; commune, &#233;quilibrante et &#233;quilibr&#233;e, participative car &#224; la fois &#034;unit&#233; passive et unit&#233; active&#034;, cet accord culminant en une &#034;&#233;motion transcendantale&#034; qui rel&#232;ve d'abord du domaine du senti, de la &#034;sensation&#034; (Empfindung). C'est que, pour Maldiney, nul destin n'est concevable sans le partage d'une tonalit&#233;, la participation &#224; une rythmique qui nous accorde &#224; l'atmosph&#232;re, au &#034;pathique&#034;, qu'est le fond de monde qui nous enveloppe &#224; tel ou tel moment et &#224; tout moment. &#034;L'&#234;tre-au-monde, l'&#234;tre-avec-autrui sont &#224; ce prix : ils pr&#233;supposent une communication...&#034; Cette n&#233;cessaire communication &#034;qui porte l'entre-deux&#034; retentit, par sa tonalit&#233; accordante-accord&#233;e, de &#034;l'horizon de tout ce dont nous sommes passibles, et qui &#224; chaque fois nous arrive sans aucune d&#233;termination a priori ; sans jamais avoir &#233;t&#233; d'abord possible&#034;. C'est pourquoi Maldiney parle d'&#034;impossible&#034; (au sens de ce qui n'a pas &#233;t&#233; d'avance possible) et il nomme ce rapport &#224; ce qui nous reste ainsi impr&#233;visible tout en inspirant notre allure la plus propre, &#034;le transpassible, sur fond duquel seul l'&#233;lan du transpossible, la dynamique d'une autotransformation projet&#233;e, peut prendre appui&#034;. Notre transpassibilit&#233; seule nous rend capable du destin que pr&#233;cipite &#034;l'instant sans date&#034;, &#233;tudi&#233; par&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sarah Brunel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; et que l'on peut d&#233;finir aussi comme &#034;instant-lieu&#034;, lieu et moment de la d&#233;cision qui, &#224; chaque fois, nous engage tout entier. De par le surgissement impr&#233;visible de l'&#233;v&#233;nement ou de la rencontre, de l'alt&#233;rit&#233;, &#034;l'horizon de tout ce dont nous sommes passibles&#034; et/ou l'impossible sont mis au d&#233;fi et nous sommes somm&#233;s de d&#233;cider et de passer au transpossible pour faire, par une prise de rythme ordonn&#233;e, par une forme se formant, &#233;merger le monde et le moi comme une totalit&#233; en acte surgissant, dans et par le rythme, de la discontinuit&#233; et de l'ind&#233;termin&#233;. Mais un tel destin, ou une telle destination qui engage l'&#202;tre, excluent tout volontarisme, toute pr&#233;d&#233;termination, toute intention, tout projet ; ils impliquent une &#034;ouverture &#224; l'originaire, une r&#233;ceptivit&#233; accueillante &#224; l'&#233;v&#233;nement, incluse dans la transformation de l'existant&#034; et qui &#034;constitue la transpassibilit&#233;&#034;. Cette disponibilit&#233; n'est donc pas un &#233;tat ant&#233;rieur &#224; notre acc&#232;s &#224; l'&#234;tre ou &#224; l'engagement de notre destin&#233;e mais elle fait partie int&#233;grante de ceux-ci : elle trouve dans l'originarit&#233; de l'instant-lieu, qui est toujours un pr&#233;sent et au pr&#233;sent, l'occasion qui est aussi d&#233;cision (ce que ramasse en lui le mot grec kairos). Ce visage (lithographi&#233;) s'ouvre et prend sens, dans et par mon regard il d&#233;cide et nous destine ; il me fait, par le rythme qui nous anime, prendre conscience de l'efficience de ce rien auquel mon impatience initiale avait d'abord failli le r&#233;duire pour mieux le rejeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rien, qui pas plus que l'impossible ou la n&#233;gativit&#233; &#233;voqu&#233;s plus haut ne rel&#232;ve d'une n&#233;gation logique ni du n&#233;ant, propose une exp&#233;rience qui sous-tend l'engagement esth&#233;tique de l'homme et qui, quand elle se combine &#224; celles de l'Ouvert et du Vide pour ouvrir l'Un, participe &#224; une rigoureuse ph&#233;nom&#233;nologie de l'abstraction, elle-m&#234;me g&#233;n&#233;ralisable. Pour d&#233;finir le rien selon Maldiney,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Philippe Grosos&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; recourt &#224; l'image d'un paysage, tel que l'analysent Husserl et E. Straus mettant en oeuvre la structure d'horizon. Cern&#233; par un horizon qui ne ferme rien, le paysage dans lequel je me meus ne cesse de changer et d'&#233;voluer, et je m'apparais comme son centre mouvant. Le perp&#233;tuel &#233;change du proche et du lointain, du visible et du cach&#233;, ce jeu continu d'esquisses mouvantes, incessamment effac&#233;es, &#034;excluent la possibilit&#233; d'une totalisation du r&#233;el, pourtant int&#233;gralement pr&#233;sent&#233; en tant que tel&#034;. Je n'ai prise sur ce paysage, sur le r&#233;el qu'&#224; condition de renoncer en m&#234;me temps &#224; &#034;la transparence&#034; de ma &#034;possession&#034;. Le paradoxe est que tout m'est donn&#233; &#224; la fois en m&#234;me temps et que je le sais sans que je puisse jamais ma&#238;triser ce tout ; ce qui m'&#233;chappe, ce qui se d&#233;ploie pour moi sous un horizon inaccessible et irr&#233;ductible, c'est l&#224; ce que l'on peut nommer rien : on le voit, ce n'est pas le n&#233;ant, c'est ce qui &#034;dit le retrait inh&#233;rent au coeur de toute pr&#233;sence&#034;. Toutefois pour ne pas traiter ces &#233;clipses ou ellipses comme un manque ou une perte, comme des lacunes ou des gouffres, pour les ressentir comme participant au mouvement de l'Un ou du Tout, &#034;encore faut-il, hors repr&#233;sentation, parvenir &#224; se laisser rythmiquement absorber en [elles]&#034;, entrer dans &#034;une danse motivant l'espace&#034;, lui donnant sens. C'est ce que ne sait pas faire le jeune Hegel voyageant dans les Alpes en juillet 1796, lui qui ne voit dans les montagnes et les rochers qu'&#034;une naturalit&#233; &#224; laquelle l'esprit ne peut ni ne doit s'attacher&#034; si ce n'est parfois pour lui imposer ses formes et ses r&#232;gles et, au lieu d'ouvrir son senti au rythme de la cascade, le jeune philosophe lui applique sa conception dialectique de l'ordre des choses : &#034;dans cette cascade, le spectateur voit &#233;ternellement la m&#234;me image, et simultan&#233;ment il voit que ce n'est jamais la m&#234;me&#034;. Cette totale absence de consid&#233;ration pour le ressenti d'une pr&#233;sence dans le monde est d&#233;j&#224; la marque de la philosophie dialectique &#224; venir. L'artiste par contre, comme Turner, dans le m&#234;me paysage, sait voir et sentir et rendre par le jeu du blanc, de l'ellipse, du vide qui est, au sein de son dessin, la puissance constituante du non-per&#231;u, de l'imperceptible, l'&#233;quilibre d'ensemble du paysage comme forme dynamique et rythmique. Le&#231;on d&#233;j&#224; centrale dans la peinture chinoise o&#249; le rien s'appelle vide. Cette exp&#233;rience du rien est fondamentale et peut d&#233;terminer par sa radicalit&#233; toute l'attitude de l'homme au monde ; c'est pourquoi&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Eliane Escoubas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;, qui, pour &#233;tudier le dernier grand livre de Maldiney paru &#224; ce jour Ouvrir le rien, l'art nu, part de la quadruple racine de l'oeuvre d'art picturale : le &#034;Rien&#034;, l'&#034;Un&#034;, l'&#034;Ouvert&#034; et le &#034;Vide&#034;, n'h&#233;site pas &#224; &#233;largir la ph&#233;nom&#233;nologie de l'abstraction qui en r&#233;sulte et &#224; toute peinture et &#224; tout art et &#224; tout existant. L'abstraction n'est pas &#224; consid&#233;rer ici comme l'abandon du repr&#233;sentatif ou comme un surcro&#238;t de stylisation des formes r&#233;elles ou r&#233;alistes mais comme &#034;une fa&#231;on de l'existence&#034; : &#034;abstraire ne consiste pas &#224; d&#233;pouiller les choses de leurs qualit&#233;s secondes pour les exposer dans le simple appareil de leurs qualit&#233;s premi&#232;res ; il s'agit de mettre &#224; d&#233;couvert ce moment de transcendance par o&#249; elles sont choses et au niveau duquel seulement nous les rencontrons r&#233;elles&#034; ; abstraire c'est donc &#034;se tenir ouvert&#034; ou &#034;ouvrir le rien&#034;, c'est, &#034;transpassible&#034;, se &#034;tenir hors, en avant de soi&#034; et se laisser transir et ressusciter par l'&#233;v&#233;nement-av&#232;nement qu'est la chose (comme moment de transcendance), vivre le saut originaire et se transformer &#224; partir de lui, en particulier s'ouvrir et ouvrir la signifiance de ce qui, apparaissant, est (simultan&#233;ment sens d'&#234;tre et &#234;tre du sens). Ainsi, longtemps avant Delaunay, Piero della Francesca est abstrait, de par &#034;le simultan&#233;isme de l'espace-temps dans la lumi&#232;re&#034; propre &#224; son oeuvre ; tout tableau, tout dessin, toute gravure qui r&#233;alisent, de par leur rythme, une mani&#232;re d'&#034;uni-multi-dimensionnalit&#233;&#034; qui est un espace non de repr&#233;sentation mais de pr&#233;sence, sont abstraits, Mondrian certes mais aussi C&#233;zanne et le peintre chinois... Ainsi, ceux que l'histoire de l'art classe comme peintres abstraits, ne le sont pas constamment aux yeux de Maldiney : il met en lumi&#232;re le contresens qui, &#224; son avis, affecte &#224; un moment leur production, celle de Kandinsky en particulier. Ainsi le portrait de Maldiney r&#233;alis&#233; par Bazaine est abstrait, nous en vivons le &#034;moment de transcendance&#034;, l'ouverture dans et par le rien, le vide, le rythme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un tel &#034;trait ouvrant&#034;, de &#034;ce saut qui est autant franchissement qu'&#233;closion&#034;, le langage doit, lui aussi, &#234;tre capable... et les probl&#232;mes ici pos&#233;s sont sp&#233;cifiques. La po&#233;sie d'une part pr&#233;serve et m&#233;nage mieux ce trait que la prose (discursive) ; la langue d'autre part est, sans doute, &#224; son &#233;tat naissant, capable d'une &#034;lucidit&#233; puissancielle&#034; qui sauve la possibilit&#233; m&#234;me d'ouverture. Rapportant, &#224; juste titre, l'oeuvre d'art po&#233;tique au m&#234;me &#034;caract&#232;re formel-rythmique&#034; que toutes les autres formes d'art,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Antonio Rodriguez&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; s'efforce d'en d&#233;gager la particularit&#233;. Cette derni&#232;re tient au langage : en effet, pour r&#233;pondre &#224; &#034;l'appel m&#234;me des choses&#034;, &#224; leur &#034;parole&#034; muette &#034;qui rend possible notre propre parole&#034;, comme le fait par exemple Francis Ponge, il faut au langage s'&#233;manciper de sa fonction ordinaire de pr&#233;dication qui induit classification, repr&#233;sentation et discours logique. La po&#233;sie s'efforce de revenir &#224; une &#034;parole parlante&#034; plut&#244;t que d&#233;j&#224; parl&#233;e par toutes les repr&#233;sentations en circulation et, pour ce faire, le po&#232;te se coule dans la voix qui porte les mots, attentif &#224; leur dimension pathique, &#224; leur ressenti (sonorit&#233;s, couleurs, chaleur, tact), &#224; leur rythme (mouvements, tensions, arr&#234;ts et &#233;lan), &#224; la capacit&#233; qu'ils ont d'articuler le r&#233;el par la nomination (temps impliqu&#233;, radicaux)... Le po&#232;te privil&#233;gie le &#034;phras&#233;&#034; par rapport &#224; la syntaxe, &#224; la manifestation de liens logiques, il ordonne en juxtaposant selon un ordre qui s'efforce de faire venir en pr&#233;sence l'ordre m&#234;me des choses non de le repr&#233;senter. &#034;Le trait ouvrant engage une v&#233;ritable surprise o&#249; s'&#233;cl&#244;t le r&#233;el...&#034;. Telle est la parole de po&#233;sie susceptible d'engager par une r&#233;sonance, &#224; la fois simple et complexe, une et multiple, un &#034;logos harmonique&#034; plut&#244;t que &#034;d&#233;claratif&#034;... Mais ce &#034;logos harmonique&#034;, auquel Maldiney consacre un important chapitre dans A&#238;tres de la langue et demeures de la pens&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Serge Meitinger&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; voudrait montrer qu'il est aussi et sans doute d'abord, pour notre philosophe, le couronnement de toute la pens&#233;e grecque du Logos et qu'il na&#238;t bien plus de la &#034;lucidit&#233; puissancielle&#034; de la langue grecque en son &#233;tat naissant et latent que du strict d&#233;roulement historique de ladite pens&#233;e. Maldiney tient les potentialit&#233;s plus ou moins vives, plus ou moins cach&#233;es de la langue grecque pour l'origine m&#234;me de la pens&#233;e philosophique (au sens le plus universel). Toutefois ces potentialit&#233;s se sont in&#233;galement r&#233;alis&#233;es, laissant en partie sous le boisseau des pans entiers qui offraient, en m&#234;me temps que la voie qui fut privil&#233;gi&#233;e par la langue et la pens&#233;e, de tout autres chemins. Avenues ou traverses, raccourcis et illuminations ces Holzwege ne sont pas tout &#224; fait inaccessibles : un travail d'arch&#233;ologue fouillant les &#034;a&#238;tres&#034; de la langue peut en restituer les traces et en frayer quelques-unes des sentes d&#233;rob&#233;es... Ainsi le philologue-arch&#233;ologue exhume la vision de Platon qui sait faire du pr&#233;sent un point-source, arrach&#233; au temps et irradiant par lui-m&#234;me comme commencement toujours commen&#231;ant. De m&#234;me il restitue au Logos qui, sous l'influence d'Aristote, d&#233;rive vers la pure et simple pr&#233;dication et la logique des classes, une entente plus profonde de &#034;l'&#234;tre&#034; et, comme concat&#233;nation des choses r&#233;alis&#233;e dans et par le dire, une puissance d'articulation ontologique que l'on trouve encore &#224; l'oeuvre chez H&#233;raclite et m&#234;me parfois chez Platon. Enfin, les Grecs, comme Maldiney le rappelle, se sont longtemps interrog&#233;s sur les termes du dilemme qui oppose la limite et l'illimit&#233;, et ils l'ont r&#233;solu &#224; leur mani&#232;re en instituant &#034;l'unit&#233; de la limite et de l'illimit&#233; qu'est l'harmonie&#034; et dont le syst&#232;me musical grec est la r&#233;alisation paradigmatique, &#034;logos harmonique, articulant les contraires dans l'unit&#233; d'un tout&#034; &#224; la fois origine et fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se tournant vers la source grecque &#224; la suite d'Heidegger, c'est comme si la pens&#233;e de Maldiney visait &#224; en (r&#233;)actualiser les potentialit&#233;s non abouties, &#224; en prolonger les r&#233;ussites d&#233;pass&#233;es par l'histoire, pour lire d&#233;j&#224; en ces possibles-impossibles l'&#233;mergence d'une prime ph&#233;nom&#233;nologie, elle aussi &#224; son &#233;tat naissant, et qui ouvre &#224; sa fa&#231;on &#034;l'instant sans date&#034;, celui du pr&#233;sent irradiant, celui de l'Un-Tout harmonique. Il est s&#251;r, de plus, qu'en ce qui concerne la po&#233;sie et le &#034;trait ouvrant&#034; qui la caract&#233;rise, ce retour &#224; la &#034;lucidit&#233; puissancielle&#034; de la langue (plus seulement la grecque) et &#224; la puissance primitive du logos comme de l'harmonie qu'il produit est &#233;clairant. La po&#233;sie moderne,telle qu'elle na&#238;t avec H&#246;lderlin d'une part, Mallarm&#233; de l'autre, reste incompr&#233;hensible si l'on ne lui restitue pas ce dessein de &#034;rendre l'initiative aux mots&#034; afin que, remuant la langue en ses &#034;a&#238;tres&#034;, ils parlent la pr&#233;sence du monde, notre pr&#233;sence au monde, dans l'unit&#233; et dans la faille. &#034;L'&#226;me aime la main&#034;, dit Pascal. Ce disant il met en oeuvre trois mots-racines essentiels : anima, le souffle vital et le principe spirituel ; amma, l'appel tout organique du nourrisson &#224; la pr&#233;sence maternelle et qui donne amare ; manus, la main, l'organe-clef, ins&#233;parable de la pens&#233;e et de l'engagement humain. De plus les trois termes consonnent, r&#233;sonnent musicalement, dessinent une mont&#233;e puis une descente, sym&#233;triques autourdu /m/ central, entrela&#231;ant consonnes porteuses et voyelles en gradation jusqu'&#224; la nasale : logos harmonique. Ils ne composent pas une phrase d&#233;clarative ou pr&#233;dicative, n'&#233;noncent ni une action, ni des qualit&#233;s stables, ni un jugement mais lient en les articulant librement trois &#034;fa&#231;ons&#034; de notre exister. Les significations sont multiples, elles peuvent prendre essor, successivement ou en m&#234;me temps, de chacun des termes : pr&#233;dominance du souffle, de la vie, du spirituel ; de l'affectif et du pathique ; de l'organe actif, entreprenant, articulant &#224; sa prise, lui aussi pathique mais parfois technique, et ces entrelacs induisent toutes les interf&#233;rences possibles... Unit&#233; de l'&#226;me et de l'amour, de l'amour et de la main, de la main et de la vie etc ; faille entre corporel et spirituel, physique et affectif, affectif et technique etc... Pascal a &#233;crit ainsi une phrase-po&#232;me semblable &#224; celles d'H&#233;raclite, de Ren&#233; Char, tr&#232;s ancienne et tout &#224; fait moderne : l'&#233;v&#233;nement-av&#232;nement qu'est cette phrase frapp&#233;e comme une m&#233;daille, &#034;instant sans date&#034;, nous traverse et nous contraint litt&#233;ralement et en toutes lettres &#224; l'impossible qui est ici encore d'assumer notre &#034;transpassibilit&#233;&#034; c'est-&#224;-dire &#034;l'horizon de tout ce dont nous sommes passibles [en mati&#232;re d'&#226;me, d'amour et de mains], et qui &#224; chaque fois nous arrive sans aucune d&#233;termination a priori ; sans jamais avoir &#233;t&#233; d'abord possible&#034;. Et il y va aussi de notre &#034;responsabilit&#233;&#034; car &#034;nous sommes responsables de ce que nous n'avons pas encore ouvert&#034; : &#034;&#202;tre rend responsable ; beaucoup plus profonde que toute moralit&#233;, cette notion de responsabilit&#233;&#034;. Toutefois ce &#034;logos harmonique, articulant les contraires dans l'unit&#233; d'un tout&#034; ne se comprend qu'&#224; la condition que l'on (c'est-&#224;-dire &#034;l'homme&#034;) soit &#034;accord&#233;&#034; &#224; ce qui y est mis en oeuvre. Imaginez, accord&#233;-accordant, vous &#234;tes dans l'impossible c'est-&#224;-dire dans le r&#233;el : &#034;Il y a = j'y suis&#034; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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