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	<title>lettre de la magdelaine</title>
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	<description>Les lettres tiennent du journal de lectures ; elles traitent de la litt&#233;rature comme question &#8212; et de ses bords : arts, philosophie, psychanalyse, au-del&#224; de l'actualit&#233; de la parution des livres.
Ronald Klapka</description>
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		<title>lettre de la magdelaine</title>
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		<title>Lire (ou relire) Louis Parrot</title>
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		<dc:date>2006-11-09T20:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ronald Klapka</dc:creator>


		<dc:subject>Parrot, Louis</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;texte du 9 novembre 2006&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Les lettres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.lettre-de-la-magdelaine.net/spip.php?mot725" rel="tag"&gt;Parrot, Louis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ursule la laide, pr&#233;c&#233;d&#233; de Paille noire des &#233;tables. R&#233;cits clandestins de Louis Parrot, aux &#233;ditions Farrago. Pour &#171; quelques mots banals qui d&#233;chirent le ciel noir &#187; ...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je suis sorti tout abasourdi, durablement secou&#233; de la lecture de ces deux textes.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Premi&#232;re &#233;dition de Paille noire des &#233;tables en 1944 ; transmis aux &#233;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai interverti volontairement l'ordre du titre, car le &#171; suivi de &#187; ne me semble pas rendre justice &#224; l'importance (indissociablement esth&#233;tique &amp; &#233;thique) du second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Louis Parrot, la notice de quatri&#232;me pr&#233;cise : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste, traducteur et &#233;crivain, Louis Parrot (1906-1948) a &#233;t&#233; un des pivots de la R&#233;sistance intellectuelle en France. Il a publi&#233; entre autres, dans la collection &#171; Po&#232;tes d'aujourd'hui &#187; (Seghers), les monographies de Lorca, &#201;luard et Cendrars. On lui doit aussi le premier essai d'importance sur le r&#244;le des intellectuels sous l'Occupation (&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.castorastral.com/collection.php?id_livre=150&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Intelligence en guerre&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, 1945).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques mots banals&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelques mots banals que l'on a honte d'employer tant ils ont servi, et c'est par eux que na&#238;t parfois une merveilleuse histoire. Ils se sont &#233;trangement assembl&#233;s, appel&#233;s par on ne sait quelle imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; et ce qu'ils mettent en commun suffit &#224; ranimer un lambeau de l'obscure m&#233;moire du monde. C'est une lueur qui s'est soudainement &#233;veill&#233;e et qui nous montre une image que nous croyions pour toujours perdue ; le signe encore tremblant du langage silencieux que parlent l'herbe des ruelles, les talus du chemin, le reflet du couchant dans les flaques d'eau o&#249; Ursule la laide se penche lorsqu'elle se croit seule, toutes les choses inanim&#233;es qui, patiemment, attendent que nous leur donnions un nom. Quelques mots, group&#233;s sans aucun ordre apparent, souvent en d&#233;pit de toute mesure, une phrase venue l&#224;, sans rime ni raison, et une lumi&#232;re jaillit dans les t&#233;n&#232;bres qui nous enveloppent, dans les ombres qui nous pressent de toutes parts et qui s'illuminent soudainement, se trouent de mille taches dor&#233;es. - C'est une grotte vivante, un joyau parlant, une rocaille de flammes neigeuses que viennent d'entrouvrir ces paroles magiques, que le hasard a peut-&#234;tre compos&#233;es dans l'imagination d'un po&#232;te ; les pierres les plus dures s'ouvrent alors et leur c&#339;ur montre - pourpre et violette comme une pens&#233;e ind&#233;l&#233;bile - la cicatrice qu'y inscrivit le feu d'autrefois. Un nouvel univers nous est alors r&#233;v&#233;l&#233;, un monde inconnu dont le n&#244;tre n'est que l'obscur prolongement. Il n'a fallu que quelques mots pour nous le rendre accessible. Guid&#233;s par eux, nous avan&#231;ons chaque jour un peu plus vers sa d&#233;couverte, dans ces galeries secr&#232;tes qui descendent profond&#233;ment en nous, dans notre commune histoire. Quelques mots banals d&#233;chirent ainsi notre ciel noir, et l'aube d'une l&#233;gende en laquelle les plus pauvres des hommes n'ont jamais cess&#233; de croire se l&#232;ve une fois encore sur notre vieux monde. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ursule la laide pp. 82-84&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots banals forment donc inclusion de l'expression de la po&#233;tique (la l&#233;gende) de l'&#233;crivain-r&#233;sistant, quelques mots qui la rythment, tout comme les citations du livre de Josu&#233; forment inclusion du r&#233;cit et de l'all&#233;gorie qu'il figure : vie sauve &lt;i&gt;versus&lt;/i&gt; destruction : Josu&#233;, 2, 21 et 6,26 . Ursule, moderne Rahab -les censeurs de Parrot n'avaient sans doute jamais lu la Bible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;le dernier paragraphe de la page 111 et les pages 112-113 furent censur&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;- est figure du salut possible, le cordon d'&#233;carlate &#233;tant remplac&#233; par le drapeau rouge. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attente du jour de la d&#233;livrance est indiqu&#233; d&#232;s l'incipit :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;TAIT-IL VENU LE JOUR o&#249; nous devions donner un corps vivant &#224; ces fant&#244;mes qui nous attendaient depuis si longtemps, mais qui restaient retenus, par des liens que nous ne voyions pas, &#224; un monde que nous ne pouvions pas voir ? &#187;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la conclusion, elle r&#233;sonne toujours :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#171; Ursule ignorait qu'une de ses larmes devrait un jour illuminer toute la mis&#232;re du monde. Elle r&#234;ve &#224; tous ces malheureux qui se disputent une place &#224; son ombre. C'est la m&#232;re pitoyable de tous les peuples qui &lt;br class='autobr' /&gt;
vont na&#238;tre. Elle, elle est sauv&#233;e, mais tant d'hommes risquent d'&#234;tre &#224; jamais perdus, et son coeur s'emplit d'inqui&#233;tude. Comprendront-ils enfin, alors qu'il en est temps encore, que l'aube de feu qui l'a &#233;pargn&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
elle et ses serviteurs, cherche de toutes parts une issue pour les atteindre, et que le drapeau couleur de sang claque au vent, solidement nou&#233; aux barreaux de cette maison ouverte &#224; tous - comme un adieu, comme un appel ? &#187; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut ajouter qu'aussi important - symboliquement- soit le r&#233;cit, la part belle revient dans cette nouvelle &#224; la descripion, et la quatri&#232;me de couverture n'a pas tort de mentionner Goya &#224; ce sujet.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le court roman &lt;i&gt;Paille noire des &#233;tables&lt;/i&gt; forme bien un dyptique avec &lt;i&gt;Ursule la laide&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il narre la rencontre fugitive entre un r&#233;sistant et une jeune prostitu&#233;e, cherchant refuge, apr&#232;s avoir sem&#233; ceux qui sont venu la r&#233;cup&#233;rer au Refuge (oui, je le fais expr&#232;s, mais apr&#232;s tout comme l'auteur). De celle-ci, &#171; on &#187; a fait une &#171; donneuse &#187;. Mais Elie, le h&#233;ros du r&#233;cit, tout comme d'ailleurs la M&#232;re Sup&#233;rieure du Refuge (une variante de Bon Pasteur) o&#249; Catherine, l'h&#233;ro&#239;ne du r&#233;cit avait &#233;t&#233; h&#233;berg&#233;e une journ&#233;e durant, &#8212; &lt;i&gt;police fran&#231;aise aidant&lt;/i&gt; ont d&#233;cel&#233; l'&lt;i&gt;intacta&lt;/i&gt; et le fantasme de sauvetage (masculin dirait Catherine Millot -cf Rossellini/Bergman in &lt;i&gt;Ab&#238;mes ordinaires&lt;/i&gt;) mais ici partag&#233;), est alors (r)allum&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ceci (la gamine s'est endormie, le h&#233;ros pense) :&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les flammes de la b&#251;che &#233;taient retomb&#233;es. C'&#233;tait maintenant une rocaille incandescente, l'entr&#233;e d'une caverne que creusaient dans la cendre de minuscules escaliers qui le reconduisaient tr&#232;s loin, jusque dans la f&#233;erie de son enfance, et le ramenaient &#224; ces jours d'autrefois o&#249; il passait de longues heures devant le feu, assis &#224; c&#244;t&#233; de son p&#232;re, pasteur dans un village perdu des C&#233;vennes. &lt;i&gt;Aimons-nous !&lt;/i&gt; C'&#233;tait cette voix lointaine qui chuchotait &#224; ses oreilles. Il l'entendait lire un psaume, lui expliquer le sens cach&#233; d'une parabole, d'un verset de la Bible. Son p&#232;re, derri&#232;re lui, l'enveloppait de son ombre. Ensemble, ils avaient lu tous les livres de la biblioth&#232;que, les commentaires des livres saints, les trait&#233;s que le pasteur pr&#234;tait aux fid&#232;les. II y avait l&#224; de pr&#233;cieux recueils de ces complaintes que l'on chantait jadis, &#224; l'&#233;poque des grandes pers&#233;cutions. &#201;lie avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233; avec une affectueuse s&#233;v&#233;rit&#233;, dans un milieu o&#249; le respect des valeurs morales avait conserv&#233; toute sa rudesse. Il avait v&#233;cu toute son enfance dans ce petit village de montagne o&#249; l'on enseignait que le sentiment de la justice n'habite que dans un c&#339;ur g&#233;n&#233;reux. Aussi avait-il gard&#233; de ses premi&#232;res ann&#233;es la crainte de faillir &#224; cette t&#226;che qui lui &#233;tait fix&#233;e ; c'est le besoin maladif de sauver &#224; tout prix cet univers spirituel aujourd'hui en p&#233;ril qui avait h&#226;t&#233; sa r&#233;solution. II avait d&#233;cid&#233; de se consacrer &#224; la lutte &#224; laquelle tant d'autres de ses camarades avaient d&#233;j&#224; sacrifi&#233; leur vie. &lt;i&gt;Aimons-nous !&lt;/i&gt; C'&#233;tait pour que l'amour triomph&#226;t qu'il lui fallait aujourd'hui ha&#239;r, les ha&#239;r de toutes ses forces et, cela, au nom de ses principes les plus chers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cl&#233;, sans doute !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ajoute qu'in illo tempore, le catholique de base ignorait superbement la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il serait dommage de penser qu'il n'y a l&#224; que le livre d'un temps et d'une culture , et des histoires &#233;difiantes : le questionnement y reste ouvert d'une part (ind&#233;termination de la fin des r&#233;cits) et d'autre part le d&#233;sir d'&#233;criture parcourt chaque ligne, d&#233;sir qui nous rend d&#233;sirant : o&#249; sommes-nous dans ces modernes paraboles ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Premi&#232;re &#233;dition de &lt;i&gt;Paille noire des &#233;tables&lt;/i&gt; en 1944 ; transmis aux &#233;ditions de Minuit, par Paul Eluard, finalement publi&#233; en Suisse aux &#233;ds des Trois Collines.&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Ursule la laide&lt;/i&gt; aux &#233;ditions Ides et calendes en 1947.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ursule la laide&lt;/i&gt; pp. 82-84&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;le dernier paragraphe de la page 111 et les pages 112-113 furent censur&#233;es en 1944, alors que la lib&#233;ration &#233;tait faite&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ajoute qu'in illo tempore, le catholique de base ignorait superbement la Bible, au contraire des protestants, d'o&#249; la belle citation du livre des Juges (7, 13) au chapitre 8 d'Ursule la laide : &lt;i&gt;Un pain d'orge cuit sous la cendre Renverse la plus forte tente&lt;/i&gt;, d'o&#249; l'incompr&#233;hension des censeurs en 1944)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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