Des vies à soi ?

20/04/10 — Sandra Laugier, Dominique Rabaté, Annie Cohen, Mireille Havet, Gérard Titus-Carmel


« um lugar onde o pensamento possa audaciar-se »
Maria Gabriela Llansol [1]

I would define my love in some incredible penance
Of which no impotent language is aware.
Jessica Powers [2]

Tout ce qui est hors de nous — dans notre intelligence et non dans notre affectivité — est comique...
Benjamin Fondane [3]


Iris Murdoch dit, dans un entretien de 1978 avec Bryan Magee : « Les modes littéraires sont très naturels pour nous, très proches de la vie ordinaire et de la manière dont nous vivons en tant qu’êtres réflexifs. Toute la littérature n’est pas de la fiction, mais la plus grande partie d’entre elle est de la fiction ou implique la fiction, l’invention, les masques, le jeu de rôles, le faire-semblant, le fait d’imaginer, de raconter des histoires. Quand nous rentrons à la maison et "racontons notre journée", nous mettons de façon artistique un matériau dans une forme narrative. (Incidemment, ces histoires sont très souvent drôles.) Par conséquent, en tant qu’utilisateurs des mots, d’une certaine façon, nous existons tous dans une atmosphère littéraire, nous vivons et respirons la littérature, nous sommes tous des artistes littéraires, nous employons constamment le langage pour extraire des formes intéressantes d’une expérience qui semblait peut-être originairement sans intérêt ou incohérente. Dans quelle mesure la reconfiguration implique des infractions contre la vérité est un problème auquel tout artiste doit faire face. Un motif profond pour faire de la littérature ou de l’art d’une espèce quelconque est le désir de triompher du caractère informe du monde et de se ragaillardir en construisant des formes à partir de ce qui sans cela pourrait sembler une masse de débris dénués de sens. »

Sandra Laugier & alii, Éthique, littérature, vie humaine
Dominique Rabaté, Le Roman et le sens de la vie

Iris Murdoch est citée à plusieurs reprises par Jacques Bouveresse dans son article La littérature, la connaissance et la philosophie morale dans le collectif Ethique, littérature, vie humaine, dirigé par Sandra Laugier aux Presses Universitaires de France (2006) [4]. Les lecteurs de la romancière anglaise n’auront pas de peine à la reconnaître dans les propos tenus, tandis que le recours tant à ses fictions [5] qu’à ses réflexions sur la littérature [6] s’impose dans le questionnement qui a conduit Sandra Laugier à réunir outre Jacques Bouveresse, Stanley Cavell, Monique Canto-Sperber, James Conant, Vincent Descombes, Cora Diamond, Élise Domenach, Emmanuel Halais, Martha Nussbaum, Layla Raid, Jean-Jacques Rosat [7]. En vue de suggérer « que la littérature, par l’éducation sensible qu’elle nous offre, définit une nouvelle forme d’attention à la vie humaine ordinaire avec la perception de ses détails et différences, la sensibilité au sens et à l’importance de ses moments. La lecture se révèle une véritable expérience, indissolublement intellectuelle et sensible : une « aventure de la personnalité » (Martha Nussbaum), qui transforme la nature de la pensée morale. »

Un ensemble dans lequel Wittgenstein [8] s’avère figure tutélaire ; par exemple, Cora Diamond dans l’ouverture de la première partie :

« Nous pouvons penser qu’il y a une pensée et un discours ayant pour sujet ce que la vie bonne est pour les êtres humains, ou quels principes d’action nous devons accepter, et l’éthique philosophique sera alors la philosophie de ce domaine de pensée et de discours. Mais vous n’êtes pas obligé de penser cela : et Wittgenstein rejette cette conception de l’éthique. Tout comme la logique n’est pas, pour Wittgenstein, un sujet particulier, avec son propre corps de vérités, mais pénètre toute pensée, l’éthique n’a pas de sujet particulier ; plutôt, un esprit éthique, une attitude envers le monde et la vie, peut pénétrer n’importe quelle pensée ou discours. »

***

Dans son dernier ouvrage publié aux éditions José Corti [9], Dominique Rabaté n’est pas sans se référer aux très riches contributions du collectif dirigé par Sandra Laugier [10]. Et ce livre issu d’un séminaire universitaire franco-britannique [11] relève à l’évidence de la préoccupation signifiée par Cora Diamond.
Toutefois, et l’on ne s’en étonnera guère, la préoccupation proprement littéraire est première. « Le sens de la vie », expression dont la quelconquerie n’échappera à personne, question qui tout à coup accapare Lili Briscoe dans Voyage au phare, donne à Dominique Rabaté de montrer en quoi le roman est le lieu où le questionnement trouve toute sans ampleur. Après avoir conduit sa réflexion à partir de l’intuition développée par Walter Benjamin dans Le Conteur — cela nous vaut de démêler Erlebnis et Erfahrung [12] — Dominique Rabaté, prolonge cette intuition selon laquelle le roman moderne exprime la recherche passionnée du sens de la vie pour des consciences séparées et solitaires, avec les lectures de La Mort d’Ivan Illitch de Tolstoï, et — j’indique une préférence [13] — de Voyage au Phare de Virginia Woolf.
C’est dans ce qu’il qualifie d’épilogue, et qu’il intitule Le personnel et l’impersonnel, que l’auteur se fait très convaincant quant à ses vues sur la lecture (et par conséquent l’écriture) des oeuvres contemporaines : on n’anime pas impunément Modernités, et on ne contribue pas de même à un colloque appelé Le lecteur engagé [14] !
J’y relève, outre des correctifs importants à des vues de Deleuze et Blanchot souvent insuffisamment questionnées, les quelques traits qui suivent :

« Le roman semble, avec une plus nette intensité à l’époque moderne, se déployer dans l’espace ténu mais capital qui sépare le sens de la vie du sens d’une vie. Comme si l’un et l’autre, inextricablement liés, ne pouvaient plus se rejoindre ou se confondre. » (105)

« Le plus intime, le plus impartageable gît dans l’exister intransitif qui est, cependant, le lot de tous. C’est de cela que le roman fait son combustible. C’est donc, à la fois, du sentiment d’une irréductible séparation et de la communauté de cette qualité impartageable que le roman fait sa matière. La mise en jeu du plus personnel débouche sur quelque chose qui touche fondamentalement à l’impersonnel. » (107)

Beaux sujets de dissertation ! A propos de son ouvrage, Dominique Rabaté parle de petits livres qui peuvent aussi avoir des gestations lentes (p. 23). Gageons que celui est gros de réflexions ultérieures, comme celles qui ont mûri dans les essais précédents, qu’il s’agisse du Chaudron fêlé, de Poétiques de la voix, de Vers une littérature de l’épuisement, ou encore de son Louis-René des Forêts.

Annie Cohen, Les silenciaires

Avec son titre non conforme à l’orthographe usuelle, mais pleinement congruent à son projet d’écriture, le dessin à l’encre de Chine figurant en couverture, le dernier livre d’Annie Cohen ne passe pas inaperçu. La quatrième révèle : exercice d’admiration pour les silenciaires qui accompagnent son oeuvre : Le moine errant, Benoît Joseph Labre, Augustin Lesage, le peintre médiumnique, Alfred Nakache, le nageur d’Auschwitz, Bram Van Velde, peintre de l’attente, Bambi, la transsexuelle, silenciaire de chair, et, entre tous, Robert de Guelma, le père, devant la dernière porte. [15]

La Dentelle du signe. Portrait d’Annie Cohen, un film [16] dont le titre fait écho à l’un de ses livres, mais aussi « au découpage sur le haut de [s]on crâne, d’un dessin dentelé, nécessaire à l’évacuation d’un hématome qui aurait pu avoir [s]a peau » [17], mêle les événements particuliers de la vie personnelle de l’écrivain — après l’accident vasculaire cérébral survenu en 1999 — à son désir de création littéraire et plastique. Je retiens de sa conclusion :

« J’écris dans le seul but de l’apaisement ».

Le lecteur de La dure-mère le ressentira probablement, et songera sans doute à Une boussole pour Annie, dont voici les entours :

« Tu te remettras à écrire et ce sera pour moi, me disait Élise, bien plus confiante que je ne l’étais. Chapeau, bravo, et mille mercis, tout comme je voulais remercier tous ceux qui m’avaient soignée, aidée, protégée du grand drame, de la paralysie et du reste. Sentiment de joie, de grande joie, et alors que je chavirais, regarde bien tout ce qui se passe ici, disais-je à Caroline, faudra pas oublier, c’est très fort, prends des notes, fais ce travail-là pour moi, ce qu’elle fit : Une boussole pour Annie, qu’elle écrivit sur un carnet noir et que je mis du temps à lire. Elle tenait le fil de l’écriture, elle était la main de l’écriture, elle qui peignait et écrivait tout autant, elle qui voulait se jeter dans ce qui lui importait le plus, l’écriture, le poème. [18] »

Être la main de l’écriture, comme Augustin Lesage (« Je suis la main qui exécute et non le cerveau qui conçoit »), le peintre mediumnique, pour lequel Annie Cohen éprouve vénération : « Je lui dois mon premier dessin, l’audace de faire. » écrit-elle, et vers lequel elle ne manque pas d’aller en pélerinage, tout comme à Ames et Amettes en Artois, où vinrent aussi Germain Nouveau et Paul Verlaine, à la rencontre de Benoît Joseph Labre, qui inspire à Annie Cohen ce poème :

vous n’êtes pas maître de la seconde qui vient
fermez les yeux
ne parlez plus
au milieu du tumulte
devenez silenciaire
incendiaire de la bouche muette

Les quelques lignes qui suivent indiqueront la manière de procéder, le style, avec lequel Annie Cohen trace avec les personnages qu’elle nous fait rencontrer une manière d’autoportrait, et qui pour renvoyer aux ouvrages universitaires cités plus haut, développe et défend poétiquement son point de vue sur « le sens de la vie » :

« Je prends la relève avec la gouache, avec un pinceau si fin qu’il ferait penser à une plume, mais il n’est pas une plume, ses poils permettent de danser sur le papier qui n’est plus couleur ficelle, et pour les besoins de la cause, car la cause impose de se laisser guider par des voix intérieures, ou mieux, par des voix tout court, comme celles entendues dans les rêves, « chante, chante », non, non, peins, peins, n’aie crainte. Ce qui procure dans le demi-sommeil de drôles d’images, oui, celles apparues sur le blanc d’un papier chiffon du Moulin de Larroque. Et si cela réclame œillères et bouche cousue, c’est gagné, c’est marcher en dedans, comme Benoît Joseph Labre le faisait pour de vrai. » [19]

Mireille Havet, Journal 1927-1928

Avec Mireille Havet, pour ce Journal 1927-1928 aux éditions Claire Paulhan, qui porte en couverture : "Héroïne, Cocaïne ! La nuit s’avance…", il s’agira aussi d’intime, mais la fièvre de vivre ne l’aura pas recomposé. Ce Journal vient près les publications des Journaux des années 1918-1919 « Le monde entier vous tient par le milieu du ventre », 1919-1924 « Aller droit à l’enfer par le chemin même qui le fait oublier », 1924-1927, « C’était l’enfer et ses flammes et ses entailles. » et en attendant ceux des années 1913-1918, et 1929. [20]

Cette édition est établie comme les précédentes par Pierre Plateau, annotée par Claire Paulhan, avec l’aide de Roland Aeschimann, Pierre Plateau et Dominique Tiry, et la préface donnée cette fois par Patrick Kéchichian.
Dès la première page de celle-ci, toute la mesure de ce journal est donnée, que soulignent le titre : « Moi je suis finie où l’enfer commence », les premiers mots :

« À l’exploration de l’intime, à ce retour permanent sur soi qui est le moteur ordinaire du Journal, Mireille Havet ajoute, et même substitue, une autre dimension, contradictoire, qui se rencontre fort peu dans ce genre d’écrit. [...]. Sous sa plume, et toujours davantage avec l’avancée du temps - comme en ces années 1927-1928 [...] -, à l’approche de la fin inéluctable, le moi perd sa vocation de territoire où se réfugier, s’examiner, s’étaler, se complaire. Par une sorte de renversement de la perspective, il devient terrible crispation, élan mortel pour sortir de lui-même. « Je suis débordée », écrit-elle le 23 août 1928. [...]
Comme en un souffle désespéré, le moi se fait donc appel. Mais appel à qui ou à quoi ? Aux femmes aimées d’abord, [...] À Dieu aussi, [...]. Aux drogues enfin [...]. »
En ces quelques mots se concentre tout ce qui fait la force d’écriture de ce volume, le lecteur ne s’interroge pas sur un quelconque « effet de réel », il est happé par la véracité [21] de ce qu’il lit.

J’extrais (tout est violemment beau) ces quelques lignes à Robbie Robertson, compagne écossaise du poète Pierre de Massot, qui aura [dit la légende du document photographique de la page 29] la mauvaise idée de présenter Robbie à Mireille Havet : les deux jeunes femmes vivront ensemble de l’été 1927 à Pâques 1928.
Leur puissant lyrisme décourage la découpe...

« Nuit du dimanche 29 au lundi 30 avril 1928. Nice.
Mon Robbie ! Mon Robbie bien-aimée, tu as allumé (on ne sait trop pourquoi ; il y paraît, surtout, par affolement, par angoisse, par nostalgie et excès de scrupules et remords envers ton père âgé et malade, peut-être mort à l’heure actuelle, mon pauvre enfant, ou [ envers] moi, orphelin depuis cinq ans de père et de ma mère chérie et héroïque dont je n’ai rien des si belles qualités, de forces, de courage surhumain et d’une patience et douceur admirables envers l’adversité, tu as négligé volontairement de me prévenir et de me permettre ainsi de te consoler avec toutes les réserves dernières de tendresse de mon cœur qui t’appartient en entier), [...]
Je ne serai pas méchant, pas rancunier, quoi que tu aies pu me faire souffrir et sangloter nuit et jour, depuis trois semaines que tu m’as manifestement et formellement abandonnée. Je t’aimais avant, et au-dessus et plus que tout, d’abord, et avant de tenter tout autre moyen plus sournois, calculateur et égoïste, j’essaierai la force magnétique, même à distance (et à distance, surtout, de l’amour), qui dénoue les cœurs les plus angoissés, les gorges les plus serrées. Je t’aimais avant de te combattre, et j’essaierai d’éteindre et réduire par l’amour cette guerre bien inutile et folle entre nous ! Je t’aime, petit Robbie, mon seul trésor humain et le plus grand, et je ne te ferai pas de mal, pas de représailles, que du bien, que du bien au contraire, pour adoucir au moins ton chagrin qui ne peut qu’augmenter d’avoir été parjure dans ton amour et m’avoir abandonnée, hélas.
Baisers.
Même nuit (du dimanche 29 au lundi 30 avril 1928), 4 heures. Vanité, comme dit l’Ecclésiaste, et surtout, « inutilité et sottise démontrée par l’expérience de la nuit », qui consiste à essayer de trouver un repos quelconque avant l’aube. Je me souviens de ta belle réponse à ma stupéfaction irritée, cet été, par cette blancheur de flamme apparue brusquement, que je voyais dans la petite fenêtre mansardée de l’hôtel des Roches Blanches, et que je prenais pour un artifice satanique, une mauvaise blague installée là contre notre sommeil et uniquement dans le ciel fixée pour nous embêter : « C’est l’aube, mon petit chéri, c’est l’aube, rendormez-vous, nous ne pouvons pas l’empêcher ». C’est l’Aube. [...]
Je t’aime ! que je t’aime.
As-tu jamais reçu amour plus désintéressé, dénué de tout orgueil, et plus violent dans sa douleur et son exil atroce que le mien, dis, mon Robbie ? D’autres t’ont-ils, je n’ose pas dire mieux (j’ai sûrement été maladroite, puisque tu m’as quittée ... ?) mais plus aimée ? Est-ce possible ? je ne le crois pas. Ce que je me demande. Si Dieu, par ton intermédiaire terrestre me fera grâce et si, d’ici un mois, j’aurai, quelles que soient, hélas, ton attitude envers moi et ta froideur mortelle désormais (puisqu’il est impossible que tu m’aimes, acceptant que je souffre ainsi et ne faisant rien de toi-même pour l’empêcher, atténuer ma douleur et le désespoir d’une telle séparation, dans les pires conditions qu’il soit pour des amants, un amant plutôt, car sûrement je suis seule à aimer et pleurer), si dans un mois, une nuit de paix qui ne pourra plus, sans doute, être que passagère entre nous, une nuit d’opium dans une chambre d’hôtel quelconque ... »

Pareil feu ne se rencontre que rarement. Et la petite poyétesse qu’avait ainsi surnommée Apollinaire [22] le fait de tout mot, tout au long de ces pages douloureuses, amoureuses, rageuses aussi...

Est-il besoin d’ajouter qu’à l’instar des publications précédentes, le soin apporté à l’édition est parfait : Notes, repères biographiques, dossier photographique, annexes, bibliographie, index des noms et titres cités. [23]

Gérard Titus-Carmel, La nuit au corps

« Le jour nous élargit le regard jusqu’à nous perdre dans le monde. La nuit nous élargit en nous-mêmes jusqu’à nous perdre dans nos rêves », lit-on dans ces pages d’atelier. Mais jusqu’où la langue pourra-t-elle nous élargir pour que nous retrouvions le chemin ? [24]

De cette même page 114 de La nuit au corps [25] je recopie cette sorte de méditation, que l’on pourra sans difficultés placer entre celles de Quignard et de Bonnefoy, pour évoquer des contemporains dont l’auteur est proche, car il y va aussi de la « scène primitive » de l’écriture :

« Et une fois encore, cela qu’on découvre comme en creux au revers de soi, quand les yeux se ferment enfin sur le monde et qu’on commence à descendre lentement dans l’histoire fossile de son corps : l’infigurable nuit des origines -l’infinie, la primitive, l’impeccable souveraine-, à cette profondeur où, justement, se perpétue la scène originelle au sein de quoi nous prîmes chair et os par faveur de pur hasard. Car ici s’énonce l’indicible, l’acte même par lequel tout s’inaugure, marquant du même sceau le signe irréversible de la perte absolue, c’est-à-dire l’abolition supérieure qu’est la chute dans le non-savoir. Aussi le rêve sera-t-il toujours le récit de notre tentative, sans cesse réitérée, de remonter jusqu’au cœur des coïncidences où est son mystère, autrement dit à ce point, lui aussi absolu dans la nuit secrète d’en-haut, « pleine de lueurs », où dort la bête inoubliable que nous logeons en nous. »

A ceux qui ont eu le privilège d’entendre Titus-Carmel, se communiquera sans doute son frémissement intérieur, à la découverte de ces nuits, dont la Beauté sait prendre les habits. Et c’est le peintre et poète qui donne à chacune des parties du livre leur titre : LA NUIT AU CORPS, ÉTAT DES LIEUX, Paysage ; LA NUIT, LE LOINTAIN, Scène de genre ; LA NUIT COUTUMIÈRE, Nature morte ; ÉTATS DE NUIT, Autoportrait.

Qui dans une relecture s’emploiera à relier les paragraphes en italiques, verra avec quel art l’auteur progresse dans sa méditation parfois sous couvert de description, en empruntant les divers masques pronominaux (le il et le tu sont prépondérants, le vous (vocatif) et le nous plus rares, le je, plus rare encore ; comme une manière d’illustration du nouage de l’impersonnel et du plus personnel ). La compagnie des poètes ne fait pas défaut, Nerval bien sûr, Jean de la Croix (et nous sommes désarrimés), Roger Munier, Kafka, et bien d’autres, dont Titus-Carmel a une lecture aigüe, sensitive. Pour avoir approfondi la lecture de Deux scènes d’Yves Bonnefoy [26], j’ai été sensible à la manière dont Titus-Carmel interprète la trace d’un repentir de son confrère. Voyez plutôt :

« Et parlant d’Yves Bonnefoy, coup sur coup paraissent, dans deux maisons, deux éditions d’un même récit traversant en une scène redoublée les lieux, les moments et les pensées de sa vie « depuis (sa) première enfance ». On imagine que dans l’urgence et la simultanéité de ce double tir, l’auteur a voulu revoir son texte avant la seconde publication, sans pour autant qu’on puisse savoir laquelle est réellement de la première écriture et où, par conséquent, se porte la marque du repentir. Car de l’une à l’autre, peu de retouches, de très rares ajustements, quelques mots, peut-être, une dernière toilette avant de paraître dans sa version sur « grand papier ».
Mais alors voilà que, relisant les deux ouvrages, je bute soudain sur cela : évoquant l’intuition d’une lumière qui, un peu à la façon dont fourche la langue, se serait comme divisée en deux parts distinctes (l’une espérant l’éblouissement « dans un au-delà du langage », l’autre éclairant le souvenir de la jeune ombre que nous avons été au bord de ce chemin où toujours nous sommes), Yves Bonnefoy, à cet endroit même [27], a corrigé son texte - mais est-ce vraiment une correction ? -, situant ici l’une de ses lumières « au fond de la nuit », pour se reprendre là, la logeant alors « dans l’abîme nocturne ».
Est-ce pour éviter la répétition du « fond de la nuit », déjà mentionné avec les mêmes mots un peu plus haut, ou y aurait-il là, dans ce changement qui est certainement une précision, le signe d’un léger vertige qu’il s’agissait de dissiper, conduisant l’auteur à priver la nuit d’un fond où la lumière pourrait justement venir s’échouer, afin d’ouvrir l’espace où sont les divinités chtoniennes à plus de clarté encore ? Si tel était le cas, l’« abîme nocturne » serait ainsi l’autre nom de ce repentir et lui offrirait l’inestimable profondeur de ses gouffres, là où il n’est plus d’obstacle pour elle d’allumer l’inconnu. (On souhaite, bien sûr, que les choses se sont passées ainsi, et dans cet ordre ; car si, d’aventure, c’était le « fond de la nuit » qui avait remplacé l’ « abîme nocturne », cela ruinerait en moi toute idée de rémission ... ) » (p. 32-34)

La nuit au corps prend ici tout son sens, sinon sa source : ce désir d’intelligibilité au plus près de ce qui de toutes façons échappe ... Si Dominique Rabaté accorde au roman le privilège de creuser la question du sens de la vie, il n’en apparaît pas moins ici que le poème en prose, la méditation poétique, voire la réflexion poïétique ne lui cèdent en rien quand elles atteignent cette teneur, sauf à lire La nuit au corps comme un roman de la nuit.

© Ronald Klapka _ 20 avril 2010

[1Cette phrase que je traduirais par « un lieu qui donne à la pensée de se faire audacieuse »** clôt une présentation de l’« Espaço Llansol » dans le Jornal de Sintra du 16 avril 2010. Mentionnons à cette occasion une parution nouvelle aux éditions des Arêtes (La Rochelle) de trois textes brefs, La foudre sur le crayon, Hölder de Hölderlin, Cantilène avec des illustrations de Luce Guilbaud, plasticienne et poète, ainsi que connaisseur de l’oeuvre de Maria Gabriela Llansol.

** Cristina de Melo traduit plus précisément la fin d’un fragment du Cahier 43 de 1995, avec son contexte :
Étant une pensée, nous trouverons un lieu pour vivre. La seule condition c’est que la pensée puisse « être audacieuse », s’exprimer par une œuvre qui se trouverait en tous lieux___________

[2 Je définirais mon amour comme une pénitence incroyable
Dont nulle langue, impuissante, n’a connaissance.
Jessica Powers, Lieu de splendeur, éditions Arfuyen, traduction Gérard Pfister, 1989.

[3Benjamin Fondane, Carnet de travail, datant probablement de la période 1940-1945. Cité par Jérôme Thélot, dans Ou l’irrésignation, un exercice d’admiration paru aux éditions Fissile, octobre 2009, collection cendrier du voyage. A propos de ce poète et penseur existentiel, Jérôme Thélot ajoute : Existentiel, ce qui veut dire vivant, est le penseur qui s’en tient, même dans sa pensée, à ce qui en lui demeure hétérogène à la pensée, à ce qui relève d’un autre domaine que celui dans lequel ce sont les mots qui décident.
A propos des penseurs existentiels d’avant-guerre, cf. Le dossier de la revue Europe, avril 2010, rassemblé par Monique Jutrin (inlassable animatrice des Cahiers Fondane) et Michaël Finkenthal. Outre Fondane, je retiens, par dilection spéciale, le portrait de Rachel Bespaloff : voir De l’Iliade, et la recension de Carrefours et cheminements.

[4Ethique, littérature, vie humaine, dirigé par Sandra Laugier aux Presses Universitaires de France 2006 ; l’article cité aux pp. 95-145, discute en particulier les thèses de Martha Nussbaum, évoque en dehors d’Iris Murdoch, James, la réception contemporaine de L’homme sans qualités etc. Il se clôt par un intéressant passage des Recherches philosophiques, l’amenant à conclure :
« C’est justement parce que la littérature est probablement le moyen le plus approprié pour exprimer, sans les falsifier, l’indétermination et la complexité qui caractérisent la vie morale, qu’elle peut avoir quelque chose d’essentiel à nous apprendre dans ce domaine. Pour reprendre à nouveau une expression de Wittgenstein, elle peut nous apprendre à regarder et à voir - et à regarder et à voir beaucoup plus de choses que ne nous le permettrait à elle seule la vie réelle - là où nous sommes tentés un peu trop tôt et un peu trop vite de penser ».
A mettre en regard avec ce propos de Roger Pouivet, dans le dossier consacré à Jean-Pierre Cometti, revue Il particolare, n° 6 :

« Dans telle ou telle pratique intellectuelle, il n’est pas facile de faire la part exacte de ce qui est simple habileté et de ce qui ressort des vertus intellectuelles. Mais ce n’est pas une raison pour nier leur différence. Elle concerne, je crois, ce dont Jean-Pierre Cometti parle en termes de « portée morale » de l’activité philosophique. La différence se situe dans la motivation intellectuelle. D’une part, celle qui a pour objet la pratique simplement habile, conforme à des modèles sociaux qui procurent une reconnaissance de nos pairs et parfois d’un public, que l’habileté intellectuelle à la fois agace et fascine. D’autre part, la motivation qui vise le perfectionnement de soi dans une activité dont l’objet nous confronte « à l’autorité d’une structure qui commande [le] respect », pour citer à nouveau Iris Murdoch. » Note : il s’agit de La souveraineté du bien, éditions de l’Éclat, 1994 : « si je fais l’apprentissage d’une langue, le russe par exemple, je me trouve confrontée à l’autorité d’une structure qui commande mon respect » , p. 108.

[5Ainsi Claire Devarrieux cite A. S. Byatt dans Libération (10/02/99) :
« Les romans d’Iris Murdoch sont les fables d’une culture démythologisée », a écrit A.S. Byatt. Comment se débrouiller dans un monde sans Dieu et sans Messie ? Qui les remplace ? C’est ce monde-là, peuplé d’intellectuels et d’artistes, qui est étudié dans la Tête coupée, les Cloches, la Mer, la Mer, l’Elève du philosophe, l’Apprenti du bien, ou le dernier traduit, le Chevalier vert. Une phrase du Prince noir (1973), dont le héros est un écrivain, peut servir d’épitaphe en même temps que de résumé : « Les efforts d’un homme pour créer, sa recherche de la sagesse et de la vérité, sont une histoire d’amour. » Iris Murdoch écrivain n’a pas d’autre histoire.

[6Cf. Iris Murdoch, L’attention romanesque. Ecrits sur la philosophie et la littérature, traduit par Denis-Armand Canal, avant-propos de Georges Steiner, La Table ronde, collection “Contretemps”, 2005.
Patrick Goujon indiquait dans une recension de la revue Etvdes (2006/5 (Tome 404 ) : Héritière de l’idéalisme platonicien, discutant aussi bien Wittgenstein que Freud, I. Murdoch livre ses pages les plus suggestives sur Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus, contemporains de ces articles. Dans la haine et dans l’amour qui s’emparent de leurs personnages, ils révèlent l’inquiétante difficulté du moi à se donner comme unité. C’est dans cette attention du roman à la conscience individuelle éclatée que I. Murdoch voyait la nouveauté métaphysique du roman, sortant de son ère morale, selon le mot de Merleau-Ponty à qui elle le reprend.

[7 Sommaire, significatif : Présentation par Sandra Laugier ; I — Littérature et connaissance morale : La littérature comme philosophie morale. La fêlure dans le cristal : La coupe d’or de James par Martha Nussbaum — Différences et distances morales par Cora Diamond — Connaissance morale et littérature par Jacques Bouveresse — Concepts moraux, connaissance morale par Sandra Laugier ; II — Expression morale et vie humaine : Justifier une vie ? par Monique Canto-Sperber — Descartes, Emerson, Poe par Stanley Cavell — Les mots justes pour le dire. Perfectionnisme moral et scepticisme chez Cavell par Elise Domenach — Wittgenstein, Dostoïevski et l’homme du souterrain par Layla Raid ; III — Exemples et modèles : Grandeur de l’homme moyen par Vincent Descombes — Education politique et art du roman par Jean-Jacques Rosat — L’aventure des Destructeurs par Emmanuelle Halais — Kafka en Floride par James Conant

[8Un index eût été bienvenu. On en trouvera un à la fin de la seconde version de Créer, de Paul Audi, chez Verdier, dans laquelle la réflexion « esth/éthique » ne manque pas d’appeler à Wittgenstein. A quelques autres aussi, et dans cet ouvrage où la littérature est aussi présente que la philosophie, je ferais ressortir du Livre deuxième : Métamorphoses de l’expression, le chapitre conclusif : De la re-fondation du sens, où s’inscrit fortement la référence à Merleau-Ponty (La Prose du monde), relu par Castoriadis, mais aussi les « questions profondes » d’un Benjamin Fondane (Baudelaire et l’expérience du gouffre), tandis qu’un énoncé de Manuel de Diéguez (Une histoire de l’intelligence, Fayard, 1986) en donne le point de départ :
« Tout créateur est une démonstration respirante du théorème de Gödel, qui dit qu’un système ne peut prétendre se fonder lui-même, et donc que toute création doit sortir de l’enclos des savoirs anciens. » (p. 446)

[9 Dominique Rabaté, Le Roman et le sens de la vie, éditions José Corti, 2010.

[10Cf. « Je crois que ce qui constitue [le] domaine inépuisable [du roman] est une rêverie autour de l’idée d’une autre vie (celle que je pourrais avoir, celle qui me ramènera à accepter la mienne, celle qui me servira d’étalon sinon d’exemple). Cette rêverie implique un rapport spécifique entre le personnel et l’impersonnel, entre le singulier et le commun, entre ce qui dure et ce qui s’anéantit. Elle mène aux limites du langage et du monde (entendu comme espace de vie que je ne peux englober que par une fiction si je veux en apercevoir le sens). Ce faisant, le roman ne dit rien qui puisse être logiquement énoncé ; il n’énonce rien qui puisse se résumer à une recette, ou à une loi du bien vivre. Mais s’il n’a pas de sens à proprement parler, le roman a - comme l’a suggéré si puissamment Wittgenstein - une nécessité autre : il touche à la sphère éthique et esthétique de l’existence, il a partie liée avec des énoncés invérifiables mais essentiels dont il entretient en nous la complexité et la richesse. »
(p. 23, je souligne.)

[11le premier exposé de certaines de ses thèses a été fait à l’occasion du séminaire intitulé « Une vie à soi. A Life of one’s own », organisé entre les Universités de Bordeaux (dans le cadre du Centre de recherches sur les modernités littéraires, v. la revue Modernités) et d’Oxford, d’octobre 2004 à octobre 2005

[12Cf. Ce que pointe Flaubert dans cet échange[ Il me manque « une vue bien arrêtée et bien étendue sur la vie » . Vous avez mille fois raison ! mais le moyen qu’il en soit autrement. Lettre à George Sand, fin décembre 1875], c’est justement l’impossibilité - situation nouvelle pour lui - du romancier à dominer la matière de l’existence dont il ne renonce pourtant pas à faire le tableau. Il n’est plus, selon la perspective de Walter Benjamin, un homme de bons conseils. Aucun dogme, aucune métaphysique ne peuvent le satisfaire. Il ne détient plus aucune position d’autorité, morale ou analytique. Il ne saurait le faire désormais, sauf à manquer à son art, sauf par usurpation. Il ne sait plus rien « arrêter » quant aux bonnes manières de vivre et d’habiter le monde. En termes benjaminiens, on pourrait dire qu’il n’a plus comme tâche la transmission d’une expérience (Erfarhung) qui donne de l’autorité, mais qu’il découvre l’abîme insondable et miroitant de l’expérience intérieure, de l’Erlebnis, comme ce qui est à la fois incommunicable et partageable, commun et incommensurable.

[13Pour ce qui est de celle de Dominique Rabaté, je renvoie à cette première question : « Combien de temps croyez-vous que cela durera ? », p. 80, et sa réponse personnelle : « Je pourrai donc commencer par répondre de façon volontairement très personnelle et dire que, pour ma part, « cela » dure depuis vingt-cinq ans, que Voyage au phare me hante depuis tout ce temps. Je me souviens très exactement de ma première lecture du roman de Woolf, To the Lighthouse, lu en anglais, et des circonstances dans lesquelles je terminais, profondément ému, le dernier chapitre, sur une plage de Cape Cod en 1983. Ces vingt-cinq années n’ont pas effacé le bouleversement opéré par cette lecture, qui dure donc encore, et dont je m’étais secrètement promis de rendre compte un jour. La durée, c’est ainsi le laps de temps que l’on peut mettre pour réaliser quelque chose, pour l’atteindre enfin, si ce n’est pour véritablement l’accomplir comme on se l’était promis. Aussi bien« cela » dure depuis la première parution en 1927 de ce roman, que je tiens pour le plus beau et le plus émouvant de l’œuvre de Virginia Woolf. » I think so.

[14Cf. ce numéro de la revue Modernités.

[15Certains de ces portraits sont spécialement frappants, celui de Bambi, reine de la nuit parisienne, puis 25 ans professeur de lettres incognito ; d’Alfred Nakache qui retrouva un titre de champion de natation après avoir été déporté ; émouvants les portraits de Bram Van Velde, qui « reste là sans rien faire, mais qui travaille intensément » ; et tout particulièrement celui du père, Robert, confronté à la nuit d’Alzheimer.

[16Notice de la Bibliothèque Publique d’Information, Centre Pompidou.

[17Cf. Annie Cohen, La dure-mère, Gallimard, Haute Enfance, 2001.

[18La dure-mère, p. 125 ; quant à Caroline, qui ne la reconnaîtrait après ce portrait des pp. 119-121 : « Caroline part tous les matins chez Jacques Clerc, à 8 heures, pour tirer des lithographies, des typographies, pour gagner un peu d’argent, pour manger, ils sont pauvres, et elle ne s’occupe pas de vendre sa peinture, ça l’ennuie, ça la barbe, alors elle produit sans cesse sans vendre. Je l’avais connue à Quimper au Salon de la Petite Édition, son travail m’a intéressée, tout de suite elle m’a plu, je l’ai sentie ardente, brûlante, inspirée, illuminée, folle de création, un dragon, une force de la nature, une volonté de fer, un amour fou de la poésie et de la littérature, une proustienne convaincue et une lectrice de Péguy. Elle aimait aussi la philosophie et elle avait fait une peinture énorme, Le Gué du Yabboq, un rouleau de cent cinquante mètres de long, une performance. »
Page 48 des Silenciaires, on lira aussi de cette « soeur de plume, de gouache de mots, de phrase » : je veux adorer la joie de vivre énormément le style...

[19Les silenciaires, p. 23. L’autoportrait (partiel) diffracté en de bonnes rencontres que délivre l’ouvrage, porté par une manière d’innocence, soutenu par une écriture fluide, touche ainsi à la rêverie littéraire, d’un monde réconcilié par l’art et par les mots.

[20Sur tous ces journaux, consulter les pages vers lesquelles pointe le catalogue des éditions.

[21Selon le beau titre du livre d’Elisabeth Cardonne-Arlyck, Véracités, publié chez Belin.

[22Seront prochainement publiées correspondances avec Apollinaire et Ludmilla Savitsky, grand-mère de Dominique Tiry qui détenait le Journal retrouvé dans un grenier en 2001.

[23Pour qui ne connaîtrait pas l’histoire cette découverte et de l’entreprise éditoriale qui s’est ensuivie, lire l’entretien de Claire Paulhan avec Nathalie Jungerman, Observatoire de l’écriture, 28 avril 2005.

[24Gérard Titus-Carmel, La nuit au corps, Fata Morgana, 2010.

[25Ce titre explicité ainsi : « Ici est le pays sans déception. Car la nuit, toujours souveraine, se montre magnanime : elle se déverse généreusement en nous, sans mesure ni remords, et rafraîchit celui qu’une trop forte passion consume à l’intérieur. Chaque soir, elle s’ouvre ainsi qu’une vaste et accueillante étendue d’eau noire, plus vastement encore que les plus larges fleuves connus, plus sombre que les grands lacs, avec des berges qui s’ourlent de lointain dès qu’on avance. Et c’est de tout son mystère qu’elle nous introduit à sa lumière - à son " obscure clarté" au sein de quoi se dilue notre ardent désir de paix et d’oubli. On dit alors qu’on a la nuit au corps. » Ainsi nous accueille le rabat de la couverture.

[26Certes Gérard Titus-Carmel, s’est trouvé impliqué dès la première heure, dans l’édition (italienne d’abord) du récit en rêve d’Yves Bonnefoy, dont la version française chez Galilée indique comment il s’est substantiellement augmenté d’une première note pour comprendre, et à laquelle s’est conjointe une autre plus courte pour retracer cette aventure éditoriale, cf. Rêver/penser et Bonnefoy, Titus-Carmel, derechef.

[27Deux scènes, Galilée, 2009, p. 63.