Christophe Tarkos, la poésie consubstantielle à la vie

texte du 24 août 2005 en cours de révision


Les fleurs dorées de cacao
sont dans nos mains.
On ne revient jamais.

Poème náhuatl [1]


L’a-théologie d’un fabricant de poèmes :« Il existe un moment où tu es, les images autour, en train de penser les choses ont un un sens, et tu te promènes ».

Le dessin original de Balbino Giner en frontispice du livre publié en 1997 par les éditions Ulysse fin de siècle [2] , est-il une figuration de la circumincession des personnes divines, leur périchorèse, [3] leur mutuelle procession [4] ?

ou plutôt de ce poème (p. 65)

L’intérieur du sexe, l’extérieur des bras, l’exté-
rieur  du  sexe,  la  peau  des membres,  le visage
de l’être,  l’ensemble de  l’histoire, les yeux ou
la  pudeur  et  le  tremblement  ou  le  silence et
le  regard  ou le  caché et le mystère ou la grâce
et la beauté ou  la présence  de  près  ou de loin
d’ une  forme   vivante  de   près   ou  de   loin
humaine  de  près  ou  de  loin  d’un sentiment de
près  ou  de loin  d’une terreur de près ou de loin
de l’arnaque  qui se noue  toute seule  et serre de
près  ou  de  loin  ou  la  sueur ou l’arrachement
de près  ou de loin.

Ou encore et pourquoi pas des deux ?

Il existe un moment où tu es là à réfléchir. Des choses prennent un peu de la lumière, comme les pages, pour être visibles. Les choses visibles se baladent, depuis longtemps ; elles tombent en cascades. Elles se reposent. Elles ont pris un peu de lumière, depuis se promènent, il existe un moment où tu es là à réfléchir au milieu des choses qui, d’avoir pris un peu de lumière, sont visibles. Elles tombaient en été. Elles traversent l’hiver, elles pleuvent, elles continuent à pleuvoir. Elles sont comme de petites images. Il existe un moment où tu penses aux petites images qui se baladent sans tristesse. Il existe un moment où tu es, les images autour, en train de penser les choses ont un sens, et tu te promènes. [5]

Ce livre de Christophe Tarkos, que je trouve pour ma part tout à fait magistral -parfaitement maîtrisé-, éveillant la pensée autant que les sens [6] d’une extraordinaire inventivité, -une lectio extrêmement vivante- tant au plan formel, le processe de fabrication de ce livre : une littéralité en tous sens, qu’au plan idéel : comment procède-t-on pour être un humain, véritablement, aujourd’hui : convoquer la religion, l’histoire, la linguistique, les sciences, la philosophie, aimer ? faut-il que la forme procède des concepts, des sensations, la procession est-elle mutuelle, y-a-t-il une histoire, comment les mots passent de génération à génération, bref comment vit-on ?, à ma connaissance cet ouvrage n’a pratiquement pas été commenté.

Il faut dire par exemple qu’alors que ce livre a été publié l’année précédente, un critique averti croit repérer dans Caisses (POL) l’apparition du premier livre de son auteur [7], qu’un volume d’Ecritures contemporaines n°7 dédié aux "Effractions de la poésie" n’en souffle mot, et que c’est au détour d’une note de bas de page (49) qu’adieux au poème de Jean-Michel Maulpoix fait mention de la "patmo".

Rendons cette justice à Philippe Beck d’avoir accueilli Christophe Tarkos dans la revue Quaderno (ce qui fait leur proximité, c’est que ce dont Tarkos a semblé surgir tout équipé c’est d’une pensée du poème et l’exigence du vrai (et du prix à payer) [8] ; également à Christian Prigent dont le livre Salut les anciens salut les modernes retrace dans le chapitre Evidante évidence [9] la rencontre avec le "performeur" en poète déséquilibriste, lors d’une soirée Polyphonix à Bruxelles en 1994. Je crois entendre dans la réflexion de Prigent que dans la parole de Tarkos le monde est évincé d’autant plus qu’il est bidon [10]

L’on sait aussi gré à Lionel Destremau et Emmanuel Laugier [11] d’avoir accueilli avec un extrait de Processe : Important de penser (pp 15-17) une étude de Renaud Ego : POESIE-INFINIE-REALITE, qui inscrit l’oeuvre de Tarkos "dans cette histoire moderne qui, de loin en loin, a toujours eu la tentation de s’affranchir du sens donné des mots, de l’épuiser, de le pervertir par une vitesse d’exécution nouvelle, afin que le proche du "concret rappel" n’encombre plus le dire et lui permette d’atteindre, "musicalement" le monde." [12]

Enfin je n’aurai garde d’omettre que Xavier Person dans le Matricule des Anges a eu les mots pour dire "Dans Ma Langue[est poétique] Christophe Tarkos se jette dans ses phrases, se donne à ce qui vient, de bouleversant. Avec amour."

Ce préambule ne m’a pas semblé de trop, ce préambule n’est pas de trop, c’est un préambule un peu long peut-être, mais pas trop. Pour parler enfin de Processe qui d’ailleurs comporte un assez long préambule (faire défiler quelques images au préalable et puis, se mettre à réfléchir).

Processe n’est pas une "foirade" pseudo-théologique [13].
L’"homoousios" (consubstantiel) sera décliné de temps à autre de la page initiale (11) à la page 121 [14] (le livre en compte 126 ), avec humour, avec poésie et cette réflexion qui court d’un bout à l’autre, qu’un monde est créé à la lumière des mots. Alors de qui procède-t-il ? Il a parlé par les poètes. A cet égard est particulièrement significative l’évocation finale du vieux dictionnaire sépia, sans couverture auquel il manque des pages (commence à acéphalie (sans autorité et sans chef ? [15] et se clôt à panthéon (Par tous les dieux !)) dont il n’est pas possible de citer l’entreprise de fabrication, qui a servi à la mère "qui me l’a laissé à moins que j’oubliasse de le lui rendre et ainsi de génération en génération", et c’est ainsi que l’on retrouvera plusieurs "carrés" qu’une même appartenance alphabétique et parfois sémantique réunit. [16]

Avec l’auteur commençons par le mot Processe ; comme en avant-dire, quatre blocs de définitions sont donnés au lecteur : Le premier, parle de procéder au sens théologique, de processif au sens pathologique (obsessionnel) ; le second de processeur et de procédurier. Le troisième de procédure (de fabrication) et de procession (défilé) ; enfin un quatrième évoque un saint Processe déclaré d’époque inconnue -à noter que le martyrologe de l’église romaine le déclare converti par l’apôtre Pierre dont il était le geôlier.

Christophe Tarkos qui a manifestement fréquenté les bibliothèques (23) comme en atteste Christophe Hanna dans l’hommage très éclairant [17] qu’il lui a rendu dans l’Humanité (Tarkos, trois images mentales),ou les fiches bibliographiques "détournées" qui surgissent parfois en cours de lecture (ainsi les carnets manuscrits de Samuel Rosenstock, alias Tristan Tzara p. 57) devait avoir son idée sur cette mention "époque inconnue".

En effet en ce qui concerne cette thématique, le lecteur se sera instruit du terme aphtartodocétisme [18] dont sera suspecté Hilaire de Poitiers, de sa fille Abra, de la différence des symboles de Constantinople et de Jérusalem, des convictions d’Arius et comment Osius trouva le mot (homoousios) ainsi qu’en atteste le manuscrit Bodlei !

Comme on le sait on s’étripa beaucoup en ce temps-là pour ces querelles de définition (voir Maxime le Confesseur et le monothélisme) et l’un des brins de la tresse du livre de Tarkos sera la relation des ces "histoires" mouvementées, emmêlées où on est tantôt allié, chassé , massacré, mis en déroute, où l’on prend sa revanche et hélas cela recommence (mais Tarkos nous prévient : "l’esprit historien vient parasiter le fonctionnement de penser, l’esprit historien ne sait pas hiérarchiser scrupuleusement".

C’est donc une quête de sens en tous sens [19] que l’on pourrait dégager de ce Processe [20].

Dans la recension qu’il a donnée de Pan dans Inventaire/invention, Jérôme Game en décrit bien en conclusion le modus operandi :
Dans PAN, la poésie est comme le je : une natura naturans ouverte en un pur présent, une contingence, un mouvement qui se forme et se déforme, et se reforme et se redéforme, en une perpétuité faite instant - une ligne qui n’en finit pas. Pour le dire autrement : elle est l’acte par lequel un attribut (la pensée) se fait substance (la nature), et une substance, attribut : "je peux, par la pensée, découvrir toute chose (...), car c’est bien plus que cela, je ne me fatiguais pas, je transformais par mon métabolisme sa masse inerte en pensée sans la moindre fatigue, sans consommer la moindre énergie". A la relative inertie du monde correspond ainsi avec Christophe Tarkos une pensée comme matière qui parvient pleinement à déjouer les cours déjà joués du monde et à en permettre d’autres - de la poésie.

Cette courte citation ( à la manière de Tarkos : S’appuyer sur/ses principes, sa foi, sa mère,/sa femme, sa matière, son/visage, ses pieds, sur l’idée/de l’oreille d’une tangente,/sur la loi du 11 mars 1957 [21]) pourrait à sa manière éclairer le mot de transsubstantiation : présence "réelle" et transformation d’une substance en une autre.

Passons en revue, sans trop nous appesantir : laissons-en au lecteur, et à lui de voir si notre approche est juste, outrée. L’ensemble pourrait apparaître rhapsodique, [22] mais toutefois très bien "cousu" à la manière d’un patchwork (tant visuel, mental que sonore)avec ses surfaces de textes agencées en blocs inégaux tant en longueur qu’en largeur, des thèmes s’enchaînant ou non (fugue et variations ?).

Penser est un maître mot du livre :


La pensée flotte, elle existe... Soyons des penseurs... Penser encore, il existe une pulsation... Les paroles, l’accent, l’apesanteur des ““, il faut que la pensée soit...Penser avec justesse penser la vérité penser avec la méthode de penser bien... Essayer de penser... Essayer de penser quand le mouvement entre et enveloppe... Penser rencontre des obstacles sur sa route... Penser est difficile alors on pense qu’en creusant quelque chose se produira... Penser, réfléchir encore, cela ne peut être inutile, continuer , officier, cette solitude, penser, penser, penser...

Et ainsi de suite (beau passage d’ailleurs sur le etcetera, p. 87) : nous n’en étions qu’à la page 37.

A ce travail de penser, sorte de basse continue, ostinato, s’adjoignent heureusement, émotion et rire (pastiche, incongruités, logiques loufoques), effets de réel, musique.

Ainsi, une histoire de chinois dyslexique en chiffres arabes (55-56), des coq-à-l’âne :
Je sais que 1 Des écrits/imprimés existent 2 Les/choses imprimées ont un/sens 3 Les bouts des seins/durcissent sous le frisson/4 Le frisson vient du froid ou de l’émotion.

Comme si les questions du sens, de l’imprimé et du féminin qui parcourent le texte venaient tout à coup se télescoper et créer ce que Prigent appelle évidance.

Pareillement, les comptines, les chansons anciennes viennent se mêler aux propos les plus sérieux comme pour déjouer la gravité. Parfois le propos cingle :
Le péché, le senti-/ment de honte de/l’intellectuel face à la /douleur sacrificielle/et salvatrice du pro-/létariat réel vivant.

Ou alors c’est l’apparition de Nathalie Bibougou et une histoire à la Chvéik "tu vas te restaurer au vernissage" qui aboutira à "Je mange une de leurs brioches molles qu’ils n’oseront jamais appeler par le sain nom de sandwich" et 10 pages plus loin un carré de Big Mac...

Quant à la musique, elle est aussi sans doute une clé, cf. le passage sur Jelly Roll Morton, le jazz de Saint Louis. Un passage inénarrable aussi sur l’analyse et Bela Grunberger.
Pour voir ce que le travail du signifiant peut signifier !

Lisant, relisant Processe, il m’est apparu incontournable que ce livre soit mieux connu, que la singularité (cf revue Prétexte, en particulier la postface de Laugier "We do the rest") de son auteur soit davantage reconnue, ne soit pas réduite à quelques expressions convenues, comme patmo, ou la performance (même s’il est tout à fait clair que cette pratique de la poésie lui est, elle aussi, consubstantielle), mais que soit mise en valeur sa puissance d’élaboration, sa "détermination très déterminée", sa cohérence et la séduction qui en résultent, et la force de renouvellement qu’elles appellent.

Il y a chez Tarkos à la fois une extraordinaire intelligence des enjeux du poème qui s’incarne aussi bien dans les textes qu’il nous a laissés et qui comme l’a si bien ressenti Prigent déverrouille le "Fermé de l’époque" (cf. Beck) et à cet égard j’aime infiniment ce passage de L’Incontenable sur "la voix" qui clôt La langue fait corps :

Le souffle dont je parle ne consiste que dans un ne pas, dans une résistance (à la coagulation de la forme et du sens), dans une hésitation systématique, dans un évidement négatif.

Rien de plus concret, cependant : on traite un matériau (la langue), on fait avec -c’est-à-dire qu’on tient compte du signifiant. On travaille les tempos non figuratifs de la langue (le signifiant phonique et ses engrenages allitérés, le nombre qui norme les portées rythmiques...). Avec ça on fait des ondes (des mouvements syllabiques corpusculaires), un phrasé abstrait (une musique ? - soit, mais pas une harmonie, plutôt une structure comptée - comme au temps où Musique et Mathématiques allaient ensemble dans les enseignements). Ce que j’appelle « voix », c’est cette ondulation, la portée de l’onde, son hésitation méthodique.

Si l’allitération poétique nécessite objectivement la voix, c’est cette voix-là, internée, silencieuse, pas spécialement « physique ». Pas besoin que ça fasse du bruit (que ce soit sonore). Pas besoin de rompre le silence de l’écrit. Pas besoin que ça fasse corps anatomique, voire scénique. Ce n’est pas d’abord de ça qu’il s’agit (mais ça, l’incarnation vocale, physique, scénique, ça peut être une façon démonstrative d’exposer les enjeux). Il y a de la voix partout où il y a vraiment style (Racine aussi bien que Céline, Mallarmé comme Artaud, Verlaine ou Celan pas moins que Schwitters ou Bernard Heidsieck : impossible de les lire si on n’entend pas le creusement de la voix qui emporte chez eux la nuée des figures, des images, des pensées). Le tout est que ça ondule entre pur hors-sens (musicalité et rythmique) et sens formé (mimesis et expressivité) - et que ça étonne, anime et efface : que ça souffle ce quelque chose d’impur et de déformé qui est ce par quoi la poésie au bout du compte, quand même, fait corps et nous (in)forme du monde.

© Ronald Klapka _ 24 août 2005

[1Cité dans la postface de Claude Louis-Combet au livre de Patrick Saurin Chants à Celui par qui l’on vit pp. 52-53 éd. La Pierre d’Alun, Bruxelles. Du même La Fleur, Le Chant.In xochitl in cuicatl. La poésie au temps des Aztèques Jérôme Millon, 2003

Cet exergue, on l’aura compris, pour saluer la mémoire de Christophe Tarkos, qui nous a quittés le 30 novembre 2004.

[2Le siècle achevé, les éditions ont pris le nom de Virgile, avec le même projet éditorial ; Processe a été publié à 600 exemplaires

[3Pour être éclairé, si besoin est, voir la fiche du livre éponyme , d’un sérieux aussi imperturbable que les premières pages (11-14) qui ouvrent Processe.

[4Voir la définition du [concile de Florence relative à cette affirmation du credo à l’origine de la querelle -non résolue- du filioque

[5Ce poème philosophique surgit après la longue réflexion étonnée sur le mystère trinitaire qui ouvre Processe.

[6Mais cette expression a-t-elle un sens, peut-elle se penser ? Je renverrais ici aux travaux de Jean-Luc Nancy, en particulier aux réponses données lors de sa conférence De l’âme (colloque Le poids du corps ERBA Le Mans, 1995) ; seul le texte de la conférence est donné dans Corpus (Métailié, 2000)

[7Joueur également et résolument contemporain, usant d’une éloquence certes un peu obsessionnelle, mais impressionnante, C. (Christophe, si l’on en croit le sommaire du deuxième numéro de la Revue de littérature générale publié en mai 1996 par POL, auquel il a participé) Tarkos met sa poésie au carré ou au rectangle. Cela donne un premier livre, Caisses, composé de soixante-quatre pavés de prose curieusement numérotés à partir de 6 distribués sur autant de pages. Il y est question de quelques objets oeufs, cailloux, verdure, coussin... et d’autres substances abstraites ou difficiles à identifier. Le rythme, comme chez Olivier Cadiot qui n’est pas loin, est soutenu, souvent syncopé, parfois chaloupé, toujours efficace : « La gorge gruge, la gorge gagne, la gorge tord, déballe, parle, gruge, la gorge gruge aguichante tord ment... » Où ne mène-t-elle pas, l’éloquence, lorsqu’elle nous tient ?...
- Le Monde des livres, 17 juillet 1998 ; Patrick Kéchichian rectifiait dans le numéro du 7 août ; il n’est aucunement question d’épingler, simplement de manifester les difficultés de la réception initiale

[8Penser c’est important// C’est important de penser, penser/comme ça, penser parce que penser a/un sens, il a là et il y a penser, pen-/ser comme ça, tout seul, en l’air, c’est/important de penser, penser comme/ça. Important de penser, penser/comme ça, posé en l’air. (15)

[9Christian Prigent en donnait un passage au journal Le Monde à l’occasion du Printemps des poètes en 1999 : Avec les textes de Tarkos nous voyons à nouveau la langue infidèle refluer sur le sable instable du réel. Ce reflux abandonne une écume de rien du tout, un presque-rien volatil qui aère l’opacité du monde comblé de choses à vendre, d’images chromos, de corps lourds, de pensées soumises, d’âmes angoissées. Ce presque- rien qui revient sans cesse inquiéter l’idylle ahurie entre choses et langues, ça s’appelle peut-être poésie.

[10On a pu entendre ça et là, à France-Culture notamment (hommage des mardis littéraires, avec Pascale Casanova "Pan grâce au site des éditions Cactus .

[11 Quatorze poètes, anthologie critique et poétique, Prétexte éditeur, avril 2004

[12V. cette présentation de Renaud Ego.

[13Le très long introït trinitaire, se conclut fort catholiquement de manière (al) dantesque, traduisant le "Vergine Madre, figlia del tu figlio" - Paradiso, Canto XXXIII -

[14Homoosios, homo osios d’osius ou hosius,/ écrit en grec, ou ossius, ou selon le manuscrit/ Bodlei rouge, ossio, ou noir, osius, ou holy, le/ saint, ou le vieux. Omoousia, omo ousia,/ d’osius. Chacun cherchait le mot. Il fut trouvé. 550 savants cherchaient le mot/ de toutes leurs forces. Osius le trouva. Arius était/contre, c’était le mot parfait et juste, la façon/ dont la trinité se tenait mélangée et diffé/ rente : omoosio.

[15Est-il permis de penser à Acéphale ? la communauté telle qu’a pu la rêver Bataille, qui comme Tarkos éprouvait "haine de la poésie" (poétisante)

[16Ex. p. 32 :

Gras gros gigot gueule
gueulard gringue grimace
gueuleton graillon grailler
gargoter gésier gnafrer
gober goberger gobicho-
ner goinfrée gorger gosier
greffer garni engorger.

Comme il est dit ailleurs : Dans la pensée/confuse, les mots nais-/sent propres, rangés et/logiques par le mys-/tère de leur naisance/et de leurs connexions./Ils ne peuvent faire/autrement.

[17
— le renoncement à l’idée d’écriture comme compétence
— la poésie reconçue en manière de rendre plus maniable ce qui appartient aux savoirs communs
— la vérité envisagée hors du paradigme de la vérité-correspondance

[18doctrine hérétique byzantine du 6ème siècle mettant en avant l’incorruptibilité du Corps du Christ

[19 Cf. Jean-Luc Nancy, voir son livre Le Sens du monde, chez Galilée.

[20Et peut-être il n’est pas vain d’entendre ce mot dans le sens tout kafkaïen -Prozeß- du litige/du différend des mots avec le monde, ou de voir dans Tarkos un grand plieur de mots à la manière d’un Du Bouchet, qui aurait sans doute pu lui dire, à lui aussi, "Nous avons les mêmes raisons" (in Truinas, le 21 avril 2001, Ph. Jaccottet, La Dogana, p. 26)

[21Développements, comptes drôlatiques, pp 50-51

[22Comme l’écrit Caroline Crumpacker (Double Change) à propos de Ma langue est poétique  : Les références, le style et les techniques varient grandement d’un texte à l’autre, mais le brio de Tarkos, son attachement à pousser le poème jusqu’à son être le plus profond, son désir de vérité est toujours perceptible.